L'opium du peuple ou la religion cathodique
Mercredi dernier la nouvelle est tombée, terrible, brutale, froide, sans le moindre égard : le prince président Nicolas Badinguet Sarkozy partait en vacances. Et pas à Brégançon ou même en Europe ou encore en Méditerranée; enfin dans un coin pas trop loin de la mére patrie et de ses média. Non la destination, qui est restée secrète juste le temps nécessaire pour exciter la curiosité des média, était les Etats Unis, dans un lieu de villégiature pour milliardaires en dollars, une charmante cité au bord d'un lac appelée Wolfeboro dans le New Hampshire à quelques miles (américains) de la résidence secondaire des Bush.
L'inquiétude grandissait déjà dans les rédactions. Pourquoi une interruption si brutale ? Qu'allait on donner à un peuple rendu dépendant à la prise quotidienne d'image, de déclarations, de reportages ou d'interventions Sarkozyens ? Dans les média où règne désormais une forte addiction au Sarkotique, on risquait de courir à une montée d'agressivité de journalistes en manque qui finiraient bien par attaquer des petites vieilles pour pouvoir se payer leur dose : une dépêche AFP, un cliché ou voire une interview de leur Seigneur (notre Saigneur) et Mètre 62.
Serait-ce le retour à l'objectivité de l'information, certes plutot faible en cette période estivale, dans les journaux? Allait on devoir pour certains revenir au journalisme d'analyse et d'investigation et renoncer aux dépêches et article écrits directement à l'Elysée ?
Allait on être obligé d'annoncer les plans sociaux sans pouvoir ajouter l'image rassurante d'un Sarkozy venu écouter les doléances des employés et leur assurer qu'il prendrait l'affaire personnellement en mains?
Mais voilà si on peut dire que les journalistes sont Sarko camés on peut ajouter que Sarkozy lui est camé aux média.
On sait qu'il est particuliérement préoccupé par la gestion de son image tout autant (certains n'hésitent pas à dire plus) que par la gestion des affaires de la France. Le fait de ne pas voir un micro, une caméra ou un journaliste semble lui donner des vertiges. N'est il pas l'un des principaux utilisateurs de la technique dite de la carte postale ? Tous les jours il faut faire parler de soi dans les média.
Un jour sans Sarko est comme un sandwich rillettes sans cornichon (Proverbe Franco-Hongro-Neuilléen).
Ainsi, au soulagement de la plupart des média le prince président a donné hier une petite conférence de presse informelle.
On apprend aussi qu'à des photographes et journalistes venus le voir courir son footing quotidien il aurait demandé de ne pas publier les photos prises et de repasser le lendemain faire de nouvelles photos sur lesquelles il serait plus propre.
Enfin il serait venu rejoindre en canoé avec son fils, un photographe pour s'enquérir de la qualité des photos.
Bronze tranquille peuple de France, même pendant les vacances, les dealers travaillent.
Tenir et Résister
Voila l'été
Dans la torpeur médiatique d'un été au ciel gris et sombre comme la politique d'un gouvernement dominé par un président omniprésent (devant les caméras), les réformes se succédent au parlement comme les nuages dans le ciel : loi sur la récidive et les peines planchers, paquet (cadeau) fiscal, service minimum et réforme du droit de grève.....
Le prince président et sa rombière, toute de Prada vêtue, multiplient les interventions et déplacements pour détourner l'attention de Français, à vrai dire bien plus préoccupés par les histoires de dopage sur la grande boucle et la météo que par les votes dans l'hémicycle. Ainsi va la vie politique en France où les réformes les plus douloureuses sont souvent faites pendant que les citoyens sont en vacances.
Même l'opposition n'y est plus. A part le minimum syndical assuré par un Hollande sans conviction, le PS est devenu inaudible à force de cacophonie fraticide.
Le seul point interessant c'est de se dire que le prince président devenu super premier ministre risque de connaitre le sort qu'ont connu la quasi totalité des premiers ministres de la cinquième république dont la courbe de popularité au Zénith au début de leur ministère a souvent plongé dans les abysses sondagiers au bout de quelques mois.
Tenir et Résister
Gouvernance Sarkozyenne
Hier le prince président Badinguet Sarkozy, pas encore tsar Nicolas mais dèjà presque star, dans un discours prononcé à Epinal, lieu hautement symbolique du Gaullisme et de l'image, a donné quelques précisions sur sa vision de la réforme constitutionnelle. Certains à droite et dans la majorité des média parlent d'un dépoussiérage des institutions qui serait un pas vers la sacro sainte modernité.
En fait dans son discours le président de la(plus pour longtemps encore) République, superpremier ministre, sur-ministre des finances des universités et de tout ce qui bouge,a essentiellement parlé de la fonction présidentielle et de la nécessité de "présidentialiser" notre vieille constitution qui, singuliérement, institue un régime mixte parlementaire et présidentiel. L'empereur Le président de la République deviendrait de fait le chef du gouvernement et une fois par an il devrait rendre des comptes à un parlement évidemment sans pouvoir de sanction. Un peu comme aux Etats-Unis.
Mais au delà de la réforme proposée ce qu'il est intéressant d'observer c'est la méthode utilisée par Sarkozy pour gouverner.
En gros il s'agit pour le président de République de dire ce que doit être la réforme avant même que la commission chargée de réfléchir et de l'élaborer n'ait commencé à exister.
Cette méthode qui est une quasi exclusivité Sarko sera aussi utilisée pour l'instauration du contrat de travail unique. Là il s'agira de réunir les partenaires sociaux pour "réfléchir" à une "modernisation" du code du Travail et l'instauration d'une sécurité sociale proféssionnelle ou flexsécurité. Si un accord reprenant les propositions sarkozyennes n'est pas trouvé avant l'hiver, le gouvernement mettra quand même en place les mesures.
Dans concertation il y a con certes et c'est comme si les commissions, tables rondes n'étaient là que pour enregistrer des propositions, apporter un semblant de caution démocratique et ne discuter que des seules modalités d'application.
C'est aussi cela la démocratie dans notre futur bel Empire (en pire). Le souverain omniscient de sa (relative) hauteur dira ce qui est bon pour le peuple et les commissions qu'il aura nommées ne devront qu'en discuter sans prendre aucune décision ou avancer des propositions.
A part ça, on apprend que l'un des frères de la ministre de la justice (gardeuse des sots), Rachida Dati, est impliqué dans une affaire de traffic de stupéfiants. Il est évident que nul ne peut être tenu pour responsable des agissements des membres de sa famille et donc il ne peut être condamné pour l'action gouvernementale de sa soeur. Espérons seulement pour lui qu'il ne soit pas récidiviste.
Tenir et Résister