economie dissidente
Le poids de l'économie : l'économie des poids
1517.64 millions de tonnes équivalent matières
C'est la quantité de matières qui a été prélevée ou émise pour produire l'ensemble des biens et services nécessaires à la satisfaction des besoins de la population en France en 2022.
Cela correspond à 22.29 tonnes par habitant.
Cette quantité calculée selon la formule de l'AEF (Acte Économique Fondamental) à partir des sources de données de l'OCDE et Eurostat, se décompose en :
802.87 millions de tonnes équivalent matière de Ressources Naturelles (Hors eau et air)
135.40 millions de tonnes équivalent pétrole d'Énergie finale consommée
452.90 millions de tonnes équivalent matières de Nocivités
116.47 millions de tonnes équivalent matières consommées par la population pour effectuer le temps de Travail humain socialisé nécessaires pour produire les biens et services.
Pour l'année 2018 en France, selon les mêmes modes de calcul, on obtient un total de 1513.60 millions de tonnes équivalent matières soit 22.58 tonnes par habitant.
Cela signifie qu'entre 2018 et 2022 la quantité de matières par habitant a baissé de 1.3%
Si on regarde les chiffres de l'Allemagne pour 2022, toujours selon les mêmes modes de calcul et sources de données on obtient un total de 2420.44 Mt eq mat et 29.08 t/hab soit 30% de plus par habitant par rapport à la France
Un Smartphone de 30 Kg
30 kilogrammes,. C'est ce que pèse en moyenne un smartphone. Non pas l'appareil en lui même mais l'impact sur l'environnement qu'engendre sa fabrication et son utilisation jusqu'à n'être plus qu'un déchet.
Ces 30 Kg exprimés en équivalent matières représentent, en termes d'impact, tout ce qui est prélevé ou émis dans la nature pour la production d'un téléphone portable et son usage. Selon l'Analyse du Cycle de Vie réalisée par l'ADEME en 2009 qui intègre pour la production, l'utilisation et la destruction l’ensemble des flux matière entrants et sortants, le poids comprend non seulement les 7.40 Kg eq Cu de ressources naturelles utilisées mais aussi les 6 kg eq pétrole d'énergie dépensée tout comme les 13.79 Kg eq CO2, H,PO4...de nocivités émises. A ces poids il convient d'ajouter les 2.8 Kg eq matières nécessaires à un humain pour travailler 1 heure soit la durée moyenne estimée de fabrication de l'appareil.
A noter que des études plus récentes estiment qu'il faut mobiliser 70 Kg de matières premières pour produire, utiliser et éliminer un seul smartphone.
On peut aussi s'interroger sur la valeur réelle de l'objet qui sur le marché peut varier de 200 à 800€ en moyenne alors que pour la nature cette valeur restera d'environ 30 Kg
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Analyse du Cycle de Vie d’un téléphone portable (Etude ADEME 2009)
Indicateurs d’impact Résultats normalisés pour le scénario de référence
Épuisement des ressources naturelles 7400 g eq Cu
Consommation d’énergie primaire 253,86 MJ
Effet de serre additionnel 13496 g eq CO2
Destruction de la couche d’ozone 0,0022 g eq CFC11
Acidification de l’air 3,10 g eq.H+
Eutrophisation de l’eau 0,76 g eq PO43-
Production de déchets dangereux 290 g
Tenir et Résister
Économie Dissidente : A la recherche du paradigme perdu
Face à la domination de l'Économie de Marché, libérale, capitaliste et financiarisée, une Économie Dissidente est possible
A la recherche du paradigme perdu
En 50 ans de 1970 à 2020, la production et la consommation des moyens de satisfaire les besoins de l’humanité a plus que quadruplé alors que la population n’a que doublé. Quant aux prélèvements de ressources pour produire les biens et services ils ont été multipliés par 3.4 quand dans le même temps les émissions de CO2 tout comme la consommation d’énergie sont devenues deux fois et demi plus importantes.
L’humanité vit au-dessus des moyens de la nature. Pour satisfaire des besoins essentiels mais aussi de plus en plus superflus, elle prélève sans compter des ressources naturelles en dégradant les écosystèmes et déstabilisant les conditions même de sa survie sur terre. Cette folle course vers un destin funeste est principalement due au paradigme économique dominant capitaliste. Ce modèle qui est bâti sur trois institutions : le marché, la propriété privée individuelle et la monnaie, ne tient pas compte ou peu des dimensions physiques de la nature dans lesquelles s’exerce l’activité économique.
Et si on intégrait les limites et contraintes physiques de la nature dans le paradigme économique ?
Pour cela revenons aux origines de l’économie
L’économie selon l’étymologie c’est la gestion de la maison. Et plus particulièrement comment un foyer doit disposer des ressources de son domaine pour subvenir à ses besoins. Au fil de l’histoire, l’humanité est devenue le foyer de la planète Terre, la maison qui l’abrite et dont elle tire les ressources nécessaires à la satisfaction de ses besoins. Or l’un des défis majeurs auxquels l’humanité doit faire face aujourd’hui est celui de ressources limitées se raréfiant confrontées à des besoins infinis sans cesse grandissant.
Les ressources sont limitées et confinées physiquement à la planète Terre. Elles se raréfient à cause des prélèvements effectués par l’humanité pour subvenir à ses besoins mais aussi à cause des dégradations de la biosphère engendrées par les nocivités. Les nocivités sont des substances générées par l’activité économique qui, par leurs propriétés physico-chimiques ou leur concentration dans la nature dégradent l’environnement et les écosystèmes voire détruisent les ressources. A ce titre elles peuvent être assimilées à des ressources (négatives) et doivent être appréhendées comme ces dernières en termes de stock et flux matière.
Quant aux besoins, ils sont infinis tant que durera l’humanité et les moyens de les satisfaire augmentent d’une part avec l’accroissement de la population et l’accélération de la consommation de cette population et d’autre part avec l’apparition voire la création de nouveaux besoins.
Pour résoudre le problème de la satisfaction de besoins humains infinis avec des ressources naturelles limitées, le paradigme de la théorie économique capitaliste et libérale place au centre du système économique le marché.
Sur ce marché, où règne une loi de l’offre et de la demande en fonction de valeurs monétaires d’échange ou prix, sont alloués les facteurs de production que sont le capital, les ressources de la nature, le travail et la finance et sont échangés les biens et services produits et la monnaie.
Le tout dans une concurrence parfaite, et par un Homo œconomicus, espèce de super héros omniscient et rationnel (égoïste et calculateur) qui, parfois à l’aide d’une « Main invisible » est à la recherche pour lui de la maximisation de l’utilité des facteurs de production et des biens et services.
Ce modèle productiviste n’intègre pas ou peu les limites de la nature voire contribue grandement à la dégradation des écosystèmes
Certes des tentatives sont faites pour faire dire au marché et au prix la vérité de la nature et de l’environnement :
- valorisation monétaire de la nature, de l’environnement et des communs qui deviennent un capital naturel
- intégration dans les prix des effets néfastes de l’activité économique avec l’instauration de taxes environnementales
- déploiement de mécanismes de marché pour gérer des ressources communes comme l’eau ou des nocivités comme le CO2.
Mais on reste là dans la recherche de l’intérêt particulier en fonction de valeurs monétaires.
Ce modèle délétère pour la nature et l’écologie a aussi des impacts sociaux négatifs :
- Répartition inégalitaire des ressources et des moyens de satisfaire les besoins
- Appropriation et concentration des facteurs de production dans les mains de quelques uns
- Exploitation d’une majorité de la population (les travailleurs) par une minorité de possédants capitalistes
- Difficulté voire impossibilité de satisfaire certains besoins fondamentaux pour la frange de la population la plus fragile
- Recherche de profits financiers à court terme au détriment de la durabilité et viabilité à moyen et long termes
- Captation par une infime minorité des richesses monétarisées produites
Et si on intégrait au modèle économique les limites physiques dans lesquelles s’exerce l’activité économique ?
Pour cela partons de la définition de l’économie telle que l’a formulée Edmond Malinvaud :
« L’économie est la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société.
Elle s’intéresse d’une part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d’autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations »
Ainsi l’économie est une science ou plutôt des sciences.
L’une portée par les économistes « mainstream », s’intéresse presque exclusivement aux opérations de production, distribution et consommation analysées à travers le prisme des institutions. Institutions définies par Karl Polanyi comme un ensemble de règles informelles ou formelles générées par l’homme dans la société ou l’État. On peut parler alors d’une économie institutionnelle qui fondée sur des constructions de l’esprit humain, entre donc dans le champ d’étude des sciences humaines qui observent et analysent les comportements, les activités, la pensée et les modes de vie des humains.
Une autre économie, proche de l’écologie, va se concentrer sur les aspects et dimensions physiques des ressources rares, de la bio sphère mais aussi des opérations économiques de production, de distribution ou de consommation. On parlera alors d’une économie réelle physique qui sera étudiée par les sciences de la nature mieux à même de formuler des lois universelles de la physique, de la chimie, la biologie...permettant d’expliquer et de prédire les phénomènes naturels auxquels sont soumis les ressources, l’environnement ou les opérations économiques.
On peut dire que la théorie économique dominante libérale capitaliste et son paradigme étant fondés sur les institutions du marché, de la monnaie et de la propriété sont situés dans le domaine des sciences humaines. Et que le problème de la rareté des ressources employées pour satisfaire les besoins ne peut être résolu qu’en intégrant les dimensions physiques des ressources et besoins. Ainsi, seul un paradigme construit à partir du champ des sciences de la nature, les plus à même d’appréhender les limites physiques, pourra apporter une solution.
Pour intégrer les limites physiques des ressources et besoins on peut partir de ce qui constitue le fondement même de toute activité économique et définir ainsi un acte économique fondamental
L’acte économique fondamental peut être défini comme l’utilisation de ressources naturelles en vue de satisfaire les besoins de femmes et d’hommes organisés en société. Souvent pour être utilisées, les ressources doivent être transformées. Pour les transformer l’humanité a recours au travail. La notion de travail ici inclut le travail humain mais aussi et surtout le travail au sens scientifique d’utilisation d’énergie. Comme on l’a vu l’activité économique et humaine génère parfois des nocivités.
Donc l’acte économique fondamental peut s’énoncer ainsi :
Pour satisfaire des besoins, les femmes et les hommes organisés en société, produisent des biens et services en utilisant des ressources naturelles transformées par du travail humain et de l’énergie, en générant des nocivités.
L’Acte Économique Fondamental (AEF) peut aussi être formulé et mesuré.
B = R+L+E+N
B(Biens et Services) = R(Ressources naturelles)+ L(Travail humain)+ E(Énergie)+ N(Nocivités)
Pour quantifier l’AEF on doit se référer à une dimension physique et non monétaire. Cette dimension doit être commune aux différents éléments soit directement soit par le truchement d’équivalence. La masse (ou poids en langage courant), grandeur physique fondamentale qui mesure la quantité de matière contenue dans un corps semble être la plus apte à jouer ce rôle. Et donc L’unité peut ainsi être le kilogramme ou la tonne équivalent matière
La formule synthétique de l’AEF en cumulant les différents flux physiques générés par l’activité économique peut constituer un outil de mesure physique de cette activité économique. Cet instrument peut être utilisé à différentes fins :
C’est d’abord un outil de comptabilité des flux et stocks physiques. Il peut être utilisé pour dresser un constat, un bilan physique de l’économie et dégager les évolutions de l’ensemble ou d’un ou plusieurs flux le constituant.
Par exemple : en 50 ans les prélèvements de ressources ont été multipliés par 3.41 passant de 27 Mds de tonnes en 1970 à 92 Mds de tonnes en 2019
Il peut aussi être utilisé comme un instrument de prévision et de pilotage de l’activité économique
Par exemple pour limiter les effets du changement climatique en France les nocivités (GES) devront être réduites de 164 milliards de kg éq CO2 en 2030 par rapport à 2022 pour respecter les engagements européens. Ce qui implique aussi une diminution de la consommation d’énergie.
En macroéconomie il peut être décliné en un Produit Intérieur Matière reprenant la formule de l’AEF à l’échelle d’une région, d’un pays ou de la Terre et ainsi compléter voir supplanter le PIB
Par exemple en 2018 en France la valeur du PIM était de 1643 milliards de kg équivalent matière pour un PIB de 2353.1 milliards d’euros.
En microéconomie la formule de l’AEF peut être rapportée à l’échelle d’un bien ou service et constituer une Valeur Unitaire Matière pouvant compléter ou remplacer l’ACV (Analyse du Cycle de Vie) qui permet d’évaluer l’ensemble des flux matière entrant et sortant tout au long de la vie d’un produit
Ainsi pour un téléphone portable on peut estimer la VUM à 30kg équivalent matière pour une valeur monétaire moyenne de 200 à 800€
Attention l’Acte Économique Fondamental n’est qu’une partie certes importante d’un paradigme intégrant les dimensions physiques de la nature. Pour bâtir un nouveau paradigme autour de l’AEF, il convient de définir un certain nombre de préalables et principes afin de mettre en place de nouvelles institutions ou de modifier des institutions déjà existantes.
Ces principes asymptotiques (vers lesquels on doit tendre), qui ne sont qu’une proposition, pourraient être les suivants :
Raisonner en quantités physiques et non en valeurs monétaires
Considérer les nocivités comme des ressources et appréhender les deux en termes de flux et stock matière
Instaurer une règle d’or ou verte selon laquelle on ne peut prélever sur la nature plus qu’elle ne peut renouveler ou dégrader les éco-systèmes plus qu’ils ne peuvent le supporter
Considérer les ressources, les nocivités, la bio-sphère et les facteurs de production comme des communs de l’Humanité et leur appliquer les règles de gouvernance dégagées par Elinor Ostrom
Planifier démocratiquement l’activité économique dans le respect de la règle verte
Socialiser les structures de production et distribution en favorisant la coopération plutôt que la compétition
Délier le travail de toute notion de coût monétaire et de l’accession pour chacun aux moyens de satisfaire ses besoins essentiels (salaire)
Corréler la valeur de la monnaie aux dimensions physiques des ressources utilisées et nocivités émises et la quantité de monnaie à l’accession pour chacun aux moyens de satisfaire ses besoins essentiels
Donner à tous et à chacun, les moyens monétaires d’accéder à la satisfaction de ses besoins essentiels.
Instaurer la démocratie participative et directe à toutes les étapes du processus économique et dans toutes les structures du système économique.
Ainsi à la place du marché et de sa centralité, en se basant sur l’acte économique fondamental, on peut instaurer une règle d’or selon laquelle on ne peut prélever sur la nature plus qu’elle ne peut renouveler ou dégrader la bio sphère plus qu’elle ne peut supporter en raisonnant en quantités physiques, en assimilant les nocivités aux ressources et en planifiant l’activité économique. On peut aussi considérer les ressources, nocivités et facteurs de production comme des communs et restreindre la notion de propriété
Tenir et Résister
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