Vers une proposition alternative de l'économie
Principes d'économie physique fondamentale
Cette année, le jour du dépassement était Le 29 juillet. Au fil du temps, la date de ce dépassement arrive chaque année plus tôt. Pour rappel le jour du dépassement correspond à la date de l'année à partir de laquelle l'humanité a consommé l'ensemble des ressources que la planète peut régénérer en un an.
En 50 ans de 1970 à 2020, les prélèvements de matières premières ont été multipliés par 3.41 et les émissions de CO2 par 2.56 alors que la population sur cette même période n'a été multipliée que par 2.12. Ces quelques chiffres permettent de constater que les prélèvements et les émissions nocives pour l'environnement augmentent plus vite que le simple accroissement démographique. Ainsi l'humanité exerce une pression de plus en plus intense sur la planète jusqu'à aller au delà des capacités physiques de la terre. Ceci est en grande partie la conséquence de l'inadaptation d'un système économique construit à partir d'une théorie essentiellement productiviste dans laquelle la monnaie et la finance jouent un rôle primordial sans prendre en compte la finitude et les limites des ressources terrestres.
Et si on essayait de bifurquer pour prendre une autre voie avec un modèle économique alternatif plus écologique qui intégrerait ces limites?
D’un point de vue étymologique l’économie c’est la gestion de la maison par le foyer qui l’habite. Au fil de l’histoire avec la mondialisation, la notion de maison s’est étendue à la planète Terre et l’humanité est devenue le foyer de cette maison globale dont elle utilise les ressources pour satisfaire ses besoins.
Le défi que doit relever aujourd’hui l’humanité est celui de ressources limitées se raréfiant confrontées à des besoins infinis sans cesse grandissant. Les ressources sont limitées physiquement à la terre et elles se raréfient à cause des prélèvements effectués par l’homme pour satisfaire ses besoins mais aussi à cause des dégradations de l’environnement et destructions de ressources engendrées par l’activité humaine. Quant aux besoins, ils sont infinis tant que durera l’humanité et ils grandissent d’une part avec l’accroissement de la population et d’autre part avec l’apparition voire la création de nouveaux besoins.
Vers une économie physique fondamentale
« L'économie selon Edmond Malinvaud est la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société.
Elle s'intéresse d'une part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d'autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations. »
La théorie économique dominante libérale place au centre de son modèle l’allocation des ressources sur des marchés enchantés et irréels, où règne une loi de l’offre et de la demande; selon un processus de recherche d’intérêt individuel par homo œconomicus, une espèce de super héros égoïste et calculateur (on dit rationnel en économie) en fonction des prix. Les prix intervenant dans le processus sont sans réel rapport avec la matérialité effective et physique des ressources.
Là où les tenants de cette théorie s’intéressent presque uniquement « aux opérations, aux institutions et aux activités » sans tenir compte ou peu des limites dans lesquelles s’exerce l’activité économique ; il conviendrait de se concentrer sur ce qui constitue le socle même de toute activité économique à savoir « l’emploi de ressources rares pour satisfaire les besoins d’hommes vivant en société ». C'est parce qu'elle a des besoins que l'espèce humaine, à l'instar de tout espèce du vivant, puise dans son environnement de quoi pourvoir à ses besoins. Tout modèle économique bâti sur ce socle doit intégrer pleinement les limites réelles et physiques des ressources rares. Il convient aussi d'abandonner pour étudier cette question cruciale l’approche positive (qui s’intéresse à ce qui est) mise en avant par la théorie libérale pour privilégier une approche normative (qui s’intéresse à ce qui devrait être)
Des mots de Malinvaud on peut définir un acte fondamental sur lequel repose tout système économique. L'acte économique fondamental est l’utilisation de ressources naturelles transformées par le travail en vue de satisfaire les besoins de femmes et d'hommes organisés en société. La notion de travail est ici à prendre dans son acception large utilisée en science physique équivalent à l’énergie plutôt que dans son acception sociale plus restreinte liée au seul travail humain, à l’emploi et au revenu procuré par le travail (sans en minorer l’importance) ou que bien sûr dans son acception capitaliste de facteur de production de richesse.
Principes d'économie physique fondamentale
Pour être efficient, tout système économique fondé sur l'utilisation de ressources naturelles pour la satisfaction des besoins humains doit être bâti sur deux idées maîtresses : d'une part l'unicité de la Terre et d'autre part l'unité de la population qui l'habite. Si l'unicité de la planète est un simple constat, l'unité de l'humanité tient à la fois du constat et de la quasi-injonction.
La Terre est unique à l'échelle spatio-temporelle de l'humanité. Dit autrement il n'y a qu'une seule planète et nous devons faire avec. Et les quelques folles et égoïstes tentatives d'appropriation d'autres corps célestes par des milliardaires étasuniens en mal de moyens stupides de dépenser une richesse accaparée au détriment du reste de la population, ne changent rien à ce constat. L'unicité de la planète impose d'en connaitre les limites et d'intégrer ces limites dans tout modèle économique fondamental. Ces limites sont celles des ressources naturelles y compris énergétiques bien sûr mais aussi celles des déchets, substances, phénomènes et processus naturels ou non qui dégradent l'environnement et détruisent les ressources.
L'unité de l'humanité doit être prise dans les deux sens du terme. L'humanité dans son rapport à la terre et à la nature est une et indivisible. L'action de chacun a des conséquences sur la vie de tous. C'est aussi pourquoi l'humanité doit avancer unie et agir ensemble. Et non plus être l'addition d'individualités agissant chacune pour son seul intérêt particulier tel l'homo œconomicus.
Ces deux idées majeures d'unicité planétaire et d'unité humaine doivent se décliner dans quelques principes qui peuvent constituer la charpente d'un système économique fondamental.
L'économie physique ou réelle fondamentale, qui traite des choses et qui place au centre du système économique l'acte économique fondamental, qu'est l'utilisation par des femmes et des hommes organisés en société, de ressources transformées par le travail en vue de la satisfaction de leurs besoins , repose sur deux préalables et huit principes, tels que définis par Olag Payuden Lacsap .
Préalables de l'économie physique fondamentale
- Raisonner en quantités physiques et non en valeurs monétaires
- Assimiler les nocivités (Gaz à effet de serre, substances néfastes pour l'environnement et les écosystèmes, déchets...) à des ressources en terme de stock et flux matière.
Principes de l'économie physique fondamentale
- Appliquer une règle verte pour la gestion des ressources et des nocivités
- Considérer les ressources et les nocivités comme des communs de l'humanité
- Planifier l'activité économique en intégrant les impératifs écologiques et démocratique
- Socialiser la transformation des ressources que sont la production et la distribution de biens et services en prônant la coopération plutôt que la compétition et la solidarité plutôt que la concurrence
- Délier le travail humain de toute valeur monétaire et de l'accession pour chacun aux moyens de satisfaire ses besoins essentiels
- Corréler la valeur de la monnaie aux dimensions physiques des ressources et nocivités et la création monétaire aux moyens pour chacun de satisfaire ses besoins essentiels.
- Attribuer à chacun les moyens de satisfaire ses besoins essentiels
- Instaurer la démocratie et la participation citoyenne à toutes les étapes du processus économique de transformation des ressources et dans toutes les institutions du système économique.
Attention il n'est pas question de remplacer les totems de l'économie classique (loi du marché, croissance du PIB monétarisé, rationalité efficace.....) par d'autre totems plus verts ou vertueux ou écologiques. L'activité économique n'est pas le tenant et l'aboutissant de toute vie humaine. Fondée sur les ressources naturelles elle doit de fait s'inscrire dans la nature et l'environnement. Et étant exercée par et pour des femmes et des hommes organisés en société, elle doit aussi s'inscrire dans la société.
Les principes ici énoncés ne sont que des propositions pour opérer la bifurcation écologique et économique indispensable si l'on veut que l'humanité subsiste. Elles sont parfois poussées jusqu'à l'extrême dans la logique du raisonnement et ne constituent en aucun cas des règles absolues. Même s'ils ne sont pas appliqués pleinement, ces principes sont à prendre comme des lignes tracées vers lesquelles il faut tendre si l'on veut sortir des diktats mortifères imposés par les tenants de la théorie économique dominante. Certaines de ces lignes sont à prendre en compte d'une manière plus urgente comme le raisonnement en quantités physique, la règle verte, la planification de l'activité économique ou la communisation des ressources. Si leur application peut intervenir dans différents délais, il reste important de définir un point de convergence à court ou moyen terme (5 ans maximum) pour donner une cohérence au système économique alternatif proposé. En effet, l'application de la règle verte et la mise en œuvre de la planification qui en découle n'ont pas de sens si elles ne sont pas menées simultanément en raisonnant en quantités physiques. De même l'abandon de la compétition, de la concurrence et de la recherche de profits individuels pour la nécessaire coopération ne peut se faire que par la conjugaison de la mise en commun des ressources et de la socialisation des moyens de production et de distribution.
Tenir et Résister