Lettre de la France d'après
Paris le 29 novembre 2011
Monsieur le président,
Je vous fais une lettre que vous lirez peut être si vous avez le temps.
Il y a six ans j'ai voté pour vous pour pouvoir vivre dans un pays en sécurité, travailler plus pour gagner plus et aussi voir triompher "la philosophie du choix" comme le disait joliment un de vos slogans.
Aujourd'hui je me retrouve sans le sou, à la rue.
En Septembre 2007 j'ai été embauché dans une entreprise de gardiennage en CTU (Contrat de Travail Unique) créé depuis peu. C'était pour moi un soulagement enfin j'avais un contrat à durée indeterminée après plus de cinq ans d'Intérim et de CDD.
En janvier 2008 ma femme qui était agent de service sous contrat dans un hopital n'a pas vu son contrat renouvellé. Le ministère de la santé appliquant la directive dite " des fonctionnaires moins nombreux mais mieux payés" qui reprenait largement l'une des propositions de votre programme, a renvoyé les contractuels tout en ne remplaçant qu'un départ à la retraite sur trois.
En septembre de la même année, nous n'avons pas pu inscrire notre grand, qui pourtant marchait très bien à l'école, au collège Henri IV comme nous le permettait la loi de suppression de la carte scolaire. En effet le principal de ce collège nous a dit que nous nous y étions pris trop tard. La plupart des enfants admis dans son établissement sont inscrits quasiment un an à l'avance. Le principal nous a déclaré aussi que la "philosophie du choix" s'applique aux établissements qui en vertu de leur nouvelle autonomie peuvent refuser tout éléve dont le niveau ou le comportement ne leur semblent pas correspondre à leur collége. Mais je pense qu'en réalité il ne voulait pas d'un enfant de pauvre dans son école. Nous ne voulions pas envoyer notre fils au collége à coté de chez nous à cause de sa réputation (au collége pas à notre fils) et de l'insécurité qui continue d'y régner malgré les promesses de moyens supplémentaires que vous avez faites. Nous nous sommes donc adressés à un des nombreux établissements privés, qui profitant de la liberté d'installation qui leur est accordée depuis la loi de Février 2008, ont fleuri dans notre ville. Mais là nos moyens ne nous permettaient pas de débourser les 300 € mensuels que ces établissements nous demandaient. Au passage je me demande à quoi servent les diverses subventions que leur accordent généreusement le conseil général des Hauts de Seine, en accord avec la loi votée en décembre 2007 sur la liberté de choix des contributions des autorités locales. C'est donc contraints que nous avons du envoyer notre enfant au collége proche de chez nous. Depuis, victime de racket il ne fait plus rien et a dèjà redoublé sa cinquième. Comme il a été mélé malgré lui à un trafic de téléphone portable il est aussi fiché au fichier national des mineurs potentiellement délinquants installé depuis la loi de septembre 2008 et le maire a suspendu nos allocations familiales comme l'y autorise cette même loi.
Le 15 décembre 2008, j'ai été licencié pour baisse d'activité comme le prévoit le contrat de travail unique. Mais le vrai motif est surement mon refus de faire des heures supplémentaires au dela des 35 heures. C'est pas que je ne les faisais pas les heures supplémentaires. Mais un jour je ne pouvais pas les faire parce que j'avais pris un rendez vous chez l'ophtalmo depuis 6 mois pour passer une visite de controle après l'agression dont j'avais été victime pendant les émeutes des banlieues de mars 2008 suite à la mise en place du contrôle systématique des jeunes trainant dans la rue après 20 heures.
En décembre 2010, aucune de mes recherches d'emploi n'ayant abouti je suis donc devenu allocataire du RMI.
Depuis le début de cette année, ma femme est partie avec les enfants en Bretagne parce qu'elle ne pouvait plus habiter dans une cité où règne toujours l'insécurité malgré les opérations coups de poings de la police. De plus il faut éloigner notre ainé qui vient de sortir de centre fermé pour jeunes délinquants.
Au début de ce mois on m'a supprimé le RMI parce que j'ai refusé d'exercer l'activité que m'impose la loi de Janvier 2009. Je devais assurer la surveillance du gymnase de ma cité la nuit. Ce qui à mon avis devrait être fait par des agents de surveillance rémunérés au moins au SMIC. Mais le maire qui a déjà réduit le nombre de fonctionnaires municipaux de moitié, n'hésite pas à recourir aux allocataires de minima sociaux pour accomplir de plus en plus de taches qui devraient être exécutées par des salariés ou fonctionnaires. J'estime qu'il y a un usage abusif de la loi (qui a repris la proposition de votre projet qui stipulait que tout bénéficiaire de minima sociaux sera tenu d'exercer une activité) et que le maire utilise la misére des gens.
Monsieur Sarkozy j'espère que vous aurez lu ma lettre jusqu'au bout. Mais déjà je tiens à vous dire qu'à l'heure où vous vous déclarez candidat à votre propre succession je ne ferais pas une seconde fois la bétise de vous faire confiance. A nous les pauvres vous avez proposé le CTU (et la précarité), de travailler plus pour que les patrons gagnent plus et l'obligation d'exercer une activité si par malheur on bénéficie d'un minimum social. Aux riches vous avez permis de choisir l'école de leurs enfants, de ne plus payer de droits de successions et de s'enrichir encore plus en payant moins d'impôt.
Si en 2007, une bonne partie de vos électeur avaient pu voir ce que cachait comme attrape nigauds votre programme, vous seriez probablement aujourd'hui à Neuilly et pas à l'Elysée.
Veuillez agréer monsieur le président l'expression de mon plus profond dédain.
Tenir et Résister
Voie Royal pour le PS et sous-terrain libéral pour l'UMP
Soixante pour cent c'est quasiment un score de All Blacks face à la France.
Marie Ségolène Royal (de luxe) a été confirmée par le vote des militants comme champion absolu du PS. Avec elle c'est aussi la libérale sociale démocratie qui a été préférée au socialisme historique.
Mais dès à présent toute la gauche doit tout mettre en oeuvre pour combattre le libéralisme pur et dur et celui qui devrait l'incarner : Nicolas Sarkozy.
Le jour de la disparition de Milton Friedman, père fondateur du monétarisme et du néo libéralisme, inspirateur des politiques ultra libérales de Reagan et Tatcher, l'UMP désignait ses candidats aux législatives et proposait son programme électoral axé, selon ses concepteurs, sur "la philosophie du choix".
Ce programme en apparence très modéré cache un libéralisme outrancier. En effet tout n'est pas dit. Ainsi le projet ne parle pas de la fiscalité. Mais il est vrai que de Vile Pain a déjà placé la barre très haut avec sa réforme fiscale plus que favorable aux très hauts revenus.
D'autres mesures annoncées cachent sous des aspects plaisants des pièges. Ainsi le contrat de travail unique qui se substituerait au CDI et au CDD est une espèce de CNE étendu à toutes les entreprises avec possibilité de rompre le contrat plus facilement tout au long de sa durée. Ainsi les entreprises pourraient licencier plus facilement.
Une autre mesure prévue permet de mesurer les paradoxes des néo libéraux. L'un des principes mis en avant par les libéraux est que chacun doit gagner selon son mérite. Or dans le projet de l'UMP apparait la suppression des droits de succession sur les petits et moyens patrimoines. Outre le fait que cette exemption existe déjà sur les petits patrimoines on peut s'interroger sur ce qu'est un patrimoine moyen. Et aussi que l'on nous explique quel mérite ont les héritiers à toucher l'héritage.
Pour combattre le libéralisme et ses promoteurs que sont l'UMP et Sarkozy nous devons dèjà combattre leur programme. En dénonçant les nombreux non dits qu'il cache.
Tenir et Résister
Les recettes de la cuisine politique (2)
Après avoir vu des recettes de chiffres la dernière fois voyons aujourd'hui la recette de paroles probablement la plus utilisée mais aussi l'une des plus difficiles à réaliser
Recettes de paroles.
"Les promesses n'engagent que ceux qui y croient."
Attribuée par certains à Jacques Chirac
.
Le soufflé de promesse.
Ingrédients :
Un problème de société ou un problème très frais
Des propositions simples
Quelques chiffres (une pincée)
Une tribune médiatique (télévision, radio ou grand meeting)
Un bouquet de phrases types
Préparation :
Prenez le problème majeur de société - certains préférent utiliser un problème plutôt frais
la pression fiscale ou les violences urbaines
appliquez lui une ou plusieurs possibilités de solutions de préférences simples voire simplistes (c'est meilleur) même absolument irréalisables (c'est ce qu'il y a de bien dans la promesse, vous pouvez voir les choses en grand et faire réver)
la diminution des impots ou le renforcement des forces de police
saupoudrez d'une pincée de chiffres qui devront être rares mais précis à la fois et si possible échéancés
de 30% en 5 ans ou par 400 CRS dans la semaine
faites ensuite monter votre soufflé dans la tribune (la meilleure restant bien sur la télévision) en accompagnant votre préparation d'une ou plusieurs phrases types
"Je m'y engage personnellement "ou "je suivrais ce dossier personnellement" ou encore "je vais me tenir informé heure par heure"...
Attention : la promesse est un plat unique que vous ne pourrez pas resservir une deuxième fois essentiellement à cause du goût amer qu'il laisse dans la bouche de ceux qui y ont gouté. C'est aussi un plat qui vous pousse à toujours faire plus fort surtout parce qu'une promesse n'est souvent pas tenue.
Le maitre incontesté de la promesse en France est le chef de l'Elysée.Jamais égalé, il a souvent été copié par le chef de la place Beauvau par exemple.
Nul ne savait comme Jacques Chirac vous mitonner la promesse. Il avait l'art de vous la rendre dorée à souhait, apetissante, savoureuse voire parfois généreuse. Toutes ces promesses étaient un plat unique fait à chaque fois à partir d'une base différente. Chirac travaillait toujours sur du noble, du grandiose ou du symbolique (souvenons nous de "Je me baignerais dans la Seine" ou encore "Il y a dans ce pays une fracture sociale que je m'engage à réduire"). Là où le chef de l'Elysée était un seigneur, un prince de la promesse, un maitre de l'esbrouffe et de l'embrouille, celui de Beauvau n'est qu'un boutiquier, un gagne-petit, un laborieux. Là où l'actuel président de la République accomplissait l'exploit de faire rêver une majorité de Français, et ce malgré la fustration passée d'un plat précédent qui n'avait pas tenu ses promesses, le président de l'UMP n'arrive qu'à faire s'enthousiasmer un petit cercle de proches et de partisans. Chirac nous donnait un festin , Sarkozy nous sert une soupe souvent insipide. Qui peut rêver avec une augmentation des effectifs de police, un travailler plus pour gagner plus ? Alors qu'une baisse des impôts de 30% ça en jette plus.
Mais là où les deux chefs se retrouvent c'est dans le profond goût d'amertume que laisse leur soufflé de promesse dans la bouche quand les chiffres de la préparation ont fondu.
A suivre...
Tenir et Résister