Des fleurs pour Algernon (3) : L'ére de Haine
Il y a deux ans le professeur Yann L. , grand spécialiste du cerveau et de l'intelligence à l'université de Sotteville, a mis au point une machine qui pouvait modifier l'intelligence et le QI des personnes déficientes mentales. Afin de prouver l'efficacité de son invention il devait mener une expérience probante aux résultats incontestables. Il demanda donc à son assistant consentant, qui avait un QI moyen de 98 de prendre place dans la machine. Un fois son collaborateur installé dans la capsule, le chercheur enclencha le processus et poussa graduellement le curseur niveau de QI à atteindre jusqu'à 200, soit un niveau jamais atteint par un humain.
Au bout de 2 minutes l'assistant ressortit. Le professeur lui fit passer les tests. Son collaborateur avait acquis un niveau de 205. Soit au dessus du maximum.
La machine fonctionnait à merveille et même au delà des espérances de son inventeur.
Le professeur se prit alors d'un doute. Devait-il laisser son assistant avec un tel QI? Celui ci en effet n'allait il pas se sentir isolé ou s'ennuyer comme ces enfants HPI surdoué qui passent pour des cancres ? Et si cette machine tombait entre les mains de gens malintentionnées ? Hommes politiques, financiers ou escrocs ?
Non il ne pouvait pas faire ça à cette personne qui jusque là lui était dévouée et courir le risque que son invention tombe entre des mauvaises mains. Alors , en accord avec son assistant qui comprenait parfaitement la situation et avait abouti aux mêmes conclusions que son patron depuis longtemps, Il décida de ramener son adjoint à son niveau initial de QI et de détruire ensuite la machine.
L'homme au QI de 205 s'installa donc à nouveau dans la machine. Le professeur commença à ramener le curseur jusqu'au niveau 100 mais le curseur , pour une raison inexpliquée se mit à descendre tout seul. Le professeur affolé, essaya de remonter le bouton. Impossible ! Le curseur descendait toujours. 80,70,60..... L'inventeur essayait toujours en vain de remonter ce foutu bouton. 40,30,20... Le professeur pris de panique décida alors de bloquer le bouton 19,18,17,16 aux prix d'efforts surhumains il parvint enfin à bloquer le bouton sur 15. Ouf ! Mais impossible de remonter. Le professeur était désespéré. Qu'allait devenir cet homme avec un QI de 15?
Au bout de deux minutes, la porte s'ouvrit. L'assistant tout rouge sortit de la machine et levant les mains en faisant le signe de la victoire il se mit à gueuler :
"Jordan Président....Jordan Président....Jordan Président....".
Tenir et Résister
Là-Haut
Pensées économiques dans le Haut-Atlas
Dans le Haut-Atlas marocain, partant de la vallée de la Tassaout pour monter vers le plateau d’Anhki serpente un petit chemin muletier surplombant de verdoyants vallons encaissés où se nichent des villages aux maisons du rouge de la terre dont elles sont bâties. Au fond de ces vallons coule un oued et la richesse des cultures qu’il arrose contraste avec l’aridité des montagnes qui le bordent. Si vous empruntez ce sentier caillouteux le mercredi, jour de marché dans la vallée, vous croiserez, venant de ces villages d’en-haut, des groupes de deux à quatre personnes, rarement plus, et souvent que des hommes, les plus âgés juchés sur le dos d’une mule ou d’un âne. Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes ayant à la main un téléphone portable en train de consulter leurs textos ou de "scroller".
En entendant les discutions joyeuses des femmes aux champs on ne peut s’empêcher de penser à la « vallée heureuse » ainsi que le navigateur et peintre Titouan Lamazou a surnommé l’Ait Bougmez voisin. Et ces écrins de verdure offrant à la population qui les habite une apparente abondance, nous amènent à l’esprit des questions. Les habitants de ces villages rouges sont-ils pauvres ou riches? On peut supposer qu’ils sont probablement pauvres en monnaie mais riches de ce que la nature et leur travail leur offrent. Si l’on veut être plus trivial : est-ce que tout ce qu’ils produisent dans ces havres fertiles soit pour leur propre consommation soit pour vendre au marché est intégré dans le PIB du Maroc ? Quelle part l’économie dite « de marché » occupe-t-elle dans leur vie? Et quand ils sont au marché en bas dans la vallée de la Tassaout agissent ils en homo-économicus, cet être rationnel informé opérant les meilleurs choix financiers et monétaires, ou se contentent ils de répéter ce qu’ils font depuis des années et ce que leurs ancêtres et les ancêtres de leurs ancêtres ont toujours fait? Quels impacts a ou aura le téléphone portable sur leur vie?
La réalité est plus complexe et loin de moi l’idée d’en faire un monde idéal. En effet on estime que les femmes dans ces vallons reculés vivent moins longtemps que les hommes. Souvent le travail le plus pénible leur incombe. Il n’est de voir dans ces petits lopins de terre en terrasses où pousse le blé et l’orge, des femmes pour l’essentiel qui, littéralement courbées en deux, coupent à la faucille les brins de blé. A la fontaine ou à la rivière ce sont encore les femmes qui vont chercher l’eau dans des bidons qu’elles portent ensuite à bout de bras jusqu’au village. Ajoutez à cela les tâches ménagères et les enfants. Attention il n’y a aucun jugement de ma part mais juste un constat. Les terres agricoles exploitables étant limitées et la population de ces villages augmentant, cela contraint une partie de cette population à émigrer. Ce phénomène est aussi amplifié par l’illusion d’une vie moins dure et moins précaire dans les villes ou à l’étranger.
L’activité économique est essentiellement agricole et reste très précaire car soumise aux aléas du temps qu’il fait ainsi qu’au temps qui passe. Certaines années les récoltes sont abondantes alors que d’autres elles peuvent être maigres voire nulles. Les hivers dans ces montagnes sont rudes avec de la neige qui coupe du monde ces villages desservis par le petit chemin caillouteux. Il est vrai que le téléphone portable permet aujourd’hui de contrer ce relatif isolement.
Les habitants des vallons ne sont pas totalement démunis. Beaucoup bénéficient de l’électricité. Et il n’est pas rare de voir sur les toits de ces humbles demeures une parabole permettant de capter la télévision.
Ainsi dans ces vallons reculés on peut observer un système économique plus complexe qu’il n’y parait. Certes une économie agricole quasi autarcique reste le fondement de ce système mais malgré la subsistance de l'agdal, système ancestral berbère de gestion communautaire des ressources agricoles, l’impact d’une économie de marché plus libérale prend de l’ampleur. Dans l'Ait Bougmez, les pommiers viennent de plus en plus remplacer les cultures vivrières. Au détriment d'un réseau d'irrigation ancestral quasi unique, des stations de pompage alimentées par des panneaux solaires essaiment dans la vallée puisant dans les nappes phréatiques jusqu'à épuiser les ressources en eau les années de déficit de neige dans la région du M'Goun. Pour protéger leur verger les paysans devenus exploitants agricoles recourent aux pesticides. Au fil des années une véritable filière de la pomme s'est créée dans la vallée "heureuse". Le risque à terme est que cette filière ne profite qu'à certains, les plus riches, qui en pompant dans l'aquifère vont s'accaparer le commun de l'eau et en aspergeant leurs arbres de chimie pollueront jusqu'à les détruire le sol et l'eau, ne laissant à ceux qui n'auront pas les moyens que le choix de céder leur parcelle ou partir.
Pas sûr que la vallée et tous ses habitants restent encore bien longtemps "heureux".
Tenir et Résister