Que l'heure de la retraite sonne...
"Leur vie : ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne..."
chantait Jean Ferrat.
Helas le poête n'a pas toujours raison. Parce qu'aujourd'hui que l'on soit flic, fonctionnaire ou tout simplement salarié du privé on ne peut plus attendre sans s'en faire.
Et même plus il faut s'inquiéter de l'heure de la retraite mais aussi de l'existence de cette future retraite voire de sa propre existence quand l'heure de la retraite aura sonné.
Les sujets d'inquiétude sont nombreux en ces temps de début de concertation sur les retraites.
Déjà rien le fait de parler de concertation et non de négociation peut donner une idée de ce que prévoient Sarkozy et son gouvernement :une discussion sur des pistes définies par avance écartant toute proposition qui ne serait pas prévue.
La désignation d'Eric Woerth comme ministre du travail en charge du dossier des retraites n'est pas forcément une bonne nouvelle. En effet lors de son passage au budget le trésorier de l'UMP n'a eu de cesse que de chercher à tailler à la tronconneuse dans les dépenses pour limiter les déficits.
Cet Enarque n'a qu'une préoccupation : réduire les dépenses sans jamais s'atteler à augmenter les recettes voire pire réduire les recettes aussi.
Un autre point d'inquiétude est la sortie du rapport du COR (Conseil d'Orientation des Retraites) au moment même où commence la concertation.
Ce rapport semble franchement taillé sur mesure pour affoler les foules et mettre la pression sur les syndicats afin de les amener à accepter des mesures qui seront courageuses selon la communication gouvernementale mais surtout douloureuses pour les futurs retraités.
Le rapport du COR qui devrait servir apparement de base de concertation pour l'avenir des retraites est lui-même sujet à caution.
Déjà sur les hypothéses choisies pour établir ce rapport. Par exemple il prévoit un taux de chômage allant de 4.5% ce qui ne s'est pas vu depuis 1970 à 7%.
Ensuite sur les propositions qu'il avance 2 préconisent des réductions de dépenses (baisse des pensions et décalage de l'âge effectif du départ à la retraite) contre une qui s'attaque aux recettes (hausse du taux de prélévement)
Déjà est écarté par le COR la solution de l'élargissement de l'assiette des prélévements (par exemple en incluant les revenus du capital ou autres stock options)
On sait d'emblée que Sarkozy a écarté une hausse des prélévements. Au nom de son sacro saint dogme, imbécile s'il en est, de ne pas augmenter les impôts.
Eh oui encore une fois il en va des retraites comme pour tout le reste de l'action économique de ce gouvernement. Quand il s'agit de combler un déficit qui rappelons le résulte de dépenses supérieures à des recettes : on diminue tout, les recettes dans un premier temps (comme avec le bouclier fiscal ou la suppression de la taxe professionnelle) mais surtout les dépenses (avec le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux).
Or tout le monde le sait pour combler un déficit on peut certes diminuer les dépenses mais on peut aussi augmenter les recettes. Ou jouer sur les deux.
Depuis le rapport de la cour des comptes de 2008, on sait aussi que l'augmentation des recettes est possible et ce sans toucher forcément au taux de prélévement. Pour cela il suffit juste d'élargir l'assiette des prélévements à certains revenus du capital et autres avantages salariaux : tel que les stock options, les bonus, les golden parachutes et pourquoi pas les dividendes perçus.
On pourrait aussi remettre en cause non seulement le bouclier fiscal mais aussi l'ensemble de la fameuse loi TEPA qui instaurait rappelons le un allégement des charges sociales sur les heures supplémentaires.
Pourquoi ne pas supprimer purement et simplement tous les allégements ou exemptions de charges sociales consenties aux entreprises qui ne sont pas toujours compensés comme cela devrait être le cas par l'Etat.
On voit bien qu'en limitant le débat en écartant d'office toute solution visant à l'augmentation des recettes, le gouvernement veut conduire les partenaires sociaux vers les seules solutions de diminution des dépenses.
Vous pouvez toujours rétorquer que le ministre et son maitre et menteur se sont engagés à ne pas toucher au niveau des retraites. Ce qui est faux. Effectivement ils ne toucheront pas au niveau des retraites pleines mais ils vont rendre plus difficile les conditions d'obtention de cette retraite pleine.
Le recul de l'age du droit à la retraite de 60 à 62 ans conduirait à sortir du systéme de retraite tous les salariés agés de 60 à 62 ans qui auront cotisé le nombre de trimestres nécessaires pour prétendre à la retraite pleine. Et ce sera autant de retraites qu'il ne faudra pas payées. Ainsi par personne l'économie moyenne par an serait de 12 fois le montant moyen de la pension (1108€ en 2007) soit 13296€. Si l'on considére que la moitié des gens qui partent en retraite sont dans ce cas celà permet de faire baisser les dépenses de retraites de 325.000 (650.000/2) par 13296€ soit 4.3 milliards d'Euros.
L'augmentation du nombre de trimestres nécessaires pour percevoir une pension de retraite à taux plein de 4 trimestres (un an ) force d'emblée les futurs retraités à opérer un choix douloureux : ou ils partent avec une retraite minorée de 2.5 points par trimestre manquant ou ils travaillent (s'ils ont encore un emploi ce qui n'est la cas que de 38% des personnes concernées) un an de plus. Et ainsi les caisses de retraites soit versent une pension moins importante pendant environ 18 ans (compte tenu de l'espérance de vie) soit elles ne versent pas de pension pendant un an.
Au final on ne peut que constater que tout a été mis en place pour forcer les participants à la concertation à ne discuter que des modalités d'application de mesures qui ont déjà été décidées par Sarkozy.
La buse de l'Elysée et ses affidés conduisent une véritable campagne de dramatisation du débat avec le rapport du COR,l' encadrement de la concertation et le formatage de l'opinion par voie de média pour ancrer l'idée que seules les solutions de réductions des dépenses sont possibles.
Mais n'est ce pas ainsi que l'agité de la Rolex agit toujours." Débatez débatez mais surtout n'oubliez pas à la fin d'entériner mes décisions" semble-t-il dire à tous les Grenelle, commissions, comités ou tables rondes qu'il installe à grand renfort de publicité.
On a peine à imaginer comment il pourrait en être autrement pour un sujet aussi important que les retraites.
Tenir et Résister
Le bouclier de Chatel
Lors d'une interview à la radio, le sémillant porte parole du gouvernement et ministre de l'Education nationale, ancien DRH façon plan de licenciement, Luc Chatel pour défendre le bouclier fiscal disait qu'il était tout à fait normal que les gens ne travaillent pas plus de 6 mois pour payer leurs impôts.
Il se fout vraiment de la gueule du peuple.
Son argumentaire déjà entendu dans la bouche d'autres politiques favorables à ce cadeau fait au plus riches est complétement faux.
La majorité des gens bénéficiaires du bouclier fiscal ne vont pas "travailler" six mois pour payer leur contribution. En effet on sait que la plus grosse partie de leur revenu ne vient pas de leur travail mais bel et bien de placements mobiliers, immobiliers ou autres.
Et quand bien même ils n'auraient comme revenu que leur salaire, il parait tout à fait anormal que des gens comme certains PDG du CAC 40 qui ont des salaires astronomiques qui ne sont parfois même pas mérités voient leur contribution au bien public (et oui l'impôt normalement doit servir à contribuer au bien être de l'ensemble de la population et pas qu'à payer des billets d'avion pour ministre en goguette) limitée. Ce qui faut se mettre en tête c'est que même après avoir acquitté un impôt dépassant la moitié de leur revenu, ce qui leur reste est largement supérieur à ce qui reste à un Smicard une fois qu'il a payé ses impots.
Chatel quand il utilise l'argument falacieux des 6 mois de salaire ne fait que reproduire une procédé cher à son maître et saigneur Nicolas Sarkozy : à savoir essayer de placer en situation son auditoire.
Quand il entend six mois de salaire le Smicard va tout de suite penser à sa propre situation et s'imaginer dans la position du Smicard à qui on préléve six mois de son pauvre salaire et pas six mois d'un salaire mensuel équivalent pour lui à deux vies de labeur.
Qui plus est en n'evoquant que le salaire comme revenu , l'ancien DRH entretient la confusion faite entre salaire et revenu. La majorité des gens en France n'a comme revenu que son salaire. Et donc les revenus du capital sont occultés.
Tenir et Résister