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LE(s) CRI(s) DU PEUPLE

Petit Traité et principes d’économie physique fondamentale

27 Juillet 2026 , Rédigé par le cri du peuple Publié dans #Economie Dissidente

Principes d’économie physique fondamentale

 

 

En 2021, le jour du dépassement était Le 29 juillet. Au fil des années, la date de ce dépassement arrive de plus en plus tôt. Pour rappel le jour du dépassement correspond à la date de l’année à partir de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer en un an.

En 50 ans de 1970 à 2020, alors que la population a été multipliée par 2.12, les prélèvements de matières premières l’ont été par 3.41 et les émissions de CO2 par 2.56. Ces quelques chiffres permettent de constater que les prélèvements et les émissions nocives pour l’environnement augmentent plus vite que le simple accroissement démographique. Ainsi l’humanité exerce une pression de plus en plus intense sur la planète jusqu’à aller au delà des capacités physiques de la terre. Ceci est en grande partie la conséquence de l’inadaptation d’un système économique construit à partir d’une théorie essentiellement productiviste dans laquelle la monnaie et la finance jouent un rôle primordial sans prendre en compte la finitude et les limites des ressources terrestres.

 

 

Et si on essayait de bifurquer pour prendre une autre voie avec un modèle économique alternatif plus écologique qui intégrerait ces limites?

D’un point de vue étymologique l’économie c’est la gestion de la maison par le foyer qui l’habite. Au fil de l’histoire avec la mondialisation, la notion de maison s’est étendue à la planète Terre et l’humanité est devenue le foyer de cette maison globale dont elle utilise les ressources pour satisfaire ses besoins.

Le défi que doit relever aujourd’hui l’humanité est celui de ressources limitées se raréfiant confrontées à des besoins infinis sans cesse grandissant. Les ressources sont limitées physiquement à la terre et elles se raréfient à cause des prélèvements effectués par l’homme pour satisfaire ses besoins mais aussi à cause des dégradations des écosystèmes et destructions de ressources engendrées par l’activité humaine. Quant aux besoins, ils sont infinis tant que durera l’humanité et ils grandissent d’une part avec l’accroissement de la population et d’autre part avec l’apparition voire la création de nouveaux besoins.

Vers une économie PHYSIQUE fondamentale

« L’économie selon Edmond Malinvaud est la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société.

Elle s’intéresse d’une part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d’autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations. »

 

Le paradigme du modèle dominant libéral place au centre du système économique l’allocation des ressources et richesses (supposées illimitées) sur un marché enchanté et irréel, où règne une loi de l’offre et de la demande. Cette allocation se fait selon un processus concurrentiel de recherche d’intérêt particulier par un homo œconomicus, rationnel (égoïste et calculateur en langage courant) en fonction de prix sans réel rapport avec les limites physiques des ressources et richesses.

Là où les tenants de cette théorie s’intéressent presque uniquement « aux opérations, aux institutions et aux activités » sans tenir compte ou peu des limites  dans lesquelles s’exerce l’activité économique ; il conviendrait de se concentrer sur ce qui constitue le socle même de toute activité économique à savoir « l’emploi de ressources rares pour satisfaire les besoins d’hommes vivant en société ».  C’est parce qu’elle a des besoins que l’espèce humaine, à l’instar de tout espèce du vivant, puise dans son environnement de quoi pourvoir à ses besoins. Mais si tout besoin n’engendre pas forcément une activité économique (respirer de l’air par exemple), toute activité économique est générée par un besoin.

Tout modèle  économique bâti sur le paradigme d’un emploi optimum de ressources rares pour la satisfaction de besoins doit intégrer pleinement les limites réelles et physiques de ces ressources rares. Il convient aussi d’abandonner pour étudier cette question cruciale l’approche positive (qui s’intéresse à ce qui est) mise en avant par la théorie libérale pour privilégier une approche normative (qui s’intéresse à ce qui devrait être)

Des mots de Malinvaud  on peut définir un acte fondamental sur lequel repose tout système économique. L’acte économique fondamental est l’utilisation de ressources naturelles transformées par le travail en vue de satisfaire les besoins de femmes et d’hommes organisés en société. La notion de travail est ici à prendre dans son acception large utilisée en science physique équivalent à l’énergie plutôt que dans son acception sociale plus restreinte liée au seul travail humain, à l’emploi et au revenu procuré par le travail (sans en minorer l’importance) ou que bien sûr dans son acception capitaliste de facteur de production de richesse.

 

Principes d’économie PHYSIQUE fondamentale

Pour être efficient, tout système économique fondé sur l’utilisation de ressources naturelles pour la satisfaction des besoins humains doit être bâti sur deux idées maîtresses : d’une part l’unicité de la Terre et d’autre part l’unité de la population qui l’habite. Si l’unicité de la planète est un simple constat, l’unité de l’humanité tient à la fois du constat et de la quasi-injonction.

La Terre est unique à l’échelle spatio-temporelle de l’humanité. Dit autrement il n’y a qu’une seule planète et nous devons faire avec. Et les quelques folles et égoïstes tentatives d’appropriation d’autres corps célestes par des milliardaires étasuniens en mal des moyens les plus stupides de dépenser une richesse accaparée au détriment du reste de la population, ne changent rien à ce constat. L’unicité de la planète impose d’en connaitre les limites et d’intégrer ces limites dans tout modèle économique fondamental. Ces limites sont celles des ressources naturelles y compris énergétiques bien sûr mais aussi celles des déchets, substances, phénomènes et processus naturels ou non qui dégradent les écosystèmes et détruisent les ressources.

L’unité de l’humanité doit être prise dans les deux sens du terme. L’humanité dans son rapport à la terre et à la nature est une et indivisible. L’action de chacun a des conséquences sur la vie de tous. C’est aussi pourquoi l’humanité doit avancer unie et agir ensemble. Et non plus être l’addition d’individualités agissant chacune pour son seul intérêt particulier tel l’homo œconomicus.

Ces deux idées majeures d’unicité planétaire et d’unité humaine doivent se décliner dans quelques principes qui peuvent constituer la charpente d’un système économique fondamental.

L’économie physique ou réelle fondamentale, qui traite des choses et qui place au centre du système économique l’acte économique fondamental, qu’est l’utilisation par des femmes et des hommes organisés en société, de ressources transformées par le travail en vue de la satisfaction de leurs besoins , repose sur deux préalables et huit principes, tels que définis par Olag Payuden Lacsap .

Préalables de l’économie physique fondamentale

  • Raisonner en quantités physiques et non en valeurs monétaires
  • Assimiler les nocivités (Gaz à effet de serre, substances néfastes pour l’environnement et les écosystèmes, déchets…) à des ressources et appréhender les unes comme les autres en terme de stock et flux matière.

Principes de l’économie physique fondamentale

  • Appliquer une règle verte pour la gestion des ressources et des nocivités
  • Considérer les ressources et les nocivités comme des communs de l’humanité
  • Planifier l’activité économique en intégrant les impératifs écologiques et démocratique
  • Socialiser la transformation des ressources (la production et la distribution de biens et services) au travers de structures coopératives ou publiques en prônant la coopération plutôt que la compétition et la solidarité plutôt que la concurrence
  • Délier le travail humain de toute valeur monétaire et de l’accession pour chacun aux moyens de satisfaire ses besoins essentiels
  • Corréler la valeur de la monnaie aux dimensions physiques des ressources et nocivités et la création monétaire aux moyens pour chacun de satisfaire ses besoins essentiels.
  • Attribuer à chacun les moyens de satisfaire ses besoins essentiels
  • Instaurer la démocratie et la participation citoyenne à toutes les étapes du processus économique de transformation des ressources et dans toutes les institutions du système économique depuis le local vers le global
 

Attention il n’est pas question de remplacer les totems de l’économie classique (loi du marché, croissance du PIB monétarisé, rationalité efficace…..) par d’autre totems plus verts ou vertueux ou écologiques. L’activité économique n’est pas le tenant et l’aboutissant de toute vie humaine. Fondée sur les ressources naturelles elle doit de fait s’inscrire dans la nature et l’environnement. Et étant exercée par et pour des femmes et des hommes organisés en société, elle doit aussi s’inscrire dans la société.

Les principes ici énoncés ne sont que des propositions pour opérer la bifurcation écologique et économique indispensable si l’on veut que l’humanité subsiste. Elles sont parfois poussées jusqu’à l’extrême dans la logique du raisonnement et ne constituent en aucun cas des règles absolues. Même s’ils ne sont pas appliqués pleinement, ces principes sont à prendre comme des lignes tracées vers lesquelles il faut tendre si l’on veut sortir des diktats mortifères imposés par les tenants de la théorie économique dominante. Certaines de ces lignes sont à prendre en compte d’une manière plus urgente comme le raisonnement en quantités physique, la règle verte, la planification de l’activité économique ou la communisation des ressources. Si leur application peut intervenir dans différents délais, il reste important de définir un point de convergence à court ou moyen terme (5 ans maximum) pour donner une cohérence au système économique alternatif proposé. En effet, l’application de la règle verte et la mise en œuvre de la planification qui en découle n’ont pas de sens si elles ne sont pas menées simultanément en raisonnant en quantités physiques. De même l’abandon de la compétition, de la concurrence et de la recherche de profits individuels pour la nécessaire coopération ne peut se faire que par la conjugaison de la mise en commun des ressources et de la socialisation des moyens de production et de distribution.

Raisonner en quantités physiques et non en valeurs monétaires

Il s’agit là plutôt d’un préalable que d’un principe.

Le modèle économique actuel dominant repose sur la recherche rationnelle de l’intérêt individuel (comme le boucher de Smith) en fonction de prix qui s’équilibrent sur un marché. Or ces valeurs monétaires ne disent pas ou peu les limites physiques et concrètes des ressources naturelles utilisées pour la satisfaction des besoins.

Pour être efficient tout système économique fondé sur l’utilisation des ressources naturelles doit pleinement appréhender les limites physiques de ces ressources ainsi que celles des nocivités émises qui les dégradent. C’est pourquoi il est impératif de raisonner en quantités physiques et non en valeurs monétaires qui n’ont qu’un lointain rapport avec la réalité concrète des limites de la nature et de l’environnement.

Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson.
Alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas.

Tatanka Yotanka – Sitting Bull, guerrier sioux

Le raisonnement en quantités physiques ne doit pas être l’apanage des experts scientifiques ou économiques mais doit être assimilé par l’ensemble des acteurs du système économique : les individus et les transformateurs de ressources naturelles que sont les artisans, entreprises, coopératives, services publics ainsi que les institutions et l’administration publiques mais aussi les instances politiques à tous les échelons de l’organisation territoriale depuis les collectivités locales jusqu’à l’État central voire les instances internationales.

 

Pour faire prendre conscience de la réalité physique des limites des ressources naturelles et des nocivités un certain nombre d’outils peuvent être utilisés :

 l’analyse dynamique des stocks (comme pour les ressources halieutiques) pour déterminer les quantités disponibles de ressources naturelles,

l’ACV (Analyse du Cycle de Vie) pour avoir le poids matière en ressources naturelles et substances nocives de chaque bien produit,

l’Analyse ou Comptabilité des Flux Matière permettant de peser les flux physiques de matière entrant ou sortant à l’échelle d’un système (Pays, Territoire, filière, activité…)

Analyse des Flux Matière pour la France en 2013 en milliers de tonnes (tonnes par habitant)

 

-ou encore un système de comptabilité physique, à l’instar de celui employé pour le calcul de la TVA ( et le PIB), qui permet à chaque étape de la transformation des ressources naturelles de connaître le poids total des matières utilisées et des substances nocives émises. Ces cumuls pourraient apparaitre sur les factures et les tickets de caisse.

 

Appliquer une règle vertueuse de gestion des ressources et des nocivités (Règle Verte)

A l’origine de l’activité économique, il y a les besoins pour la satisfaction desquels l’humanité va utiliser des ressources naturelles souvent en les transformant par du travail. On l’a vu, les besoins sont infinis tant que durera l’humanité et ils augmentent d’une part avec l’accroissement de la population et d’autre part avec l’apparition voire la création de nouveaux besoins. Les ressources naturelles sont quant à elles, limitées physiquement sur la planète et elles diminuent à cause des prélèvements effectués par l’homme mais aussi à cause des dégradations de l’environnement et destructions de ressources engendrées par l’activité humaine. Toutefois une partie des ressources naturelles se renouvelle selon un rythme plus ou moins long. Pour que le système économique soit viable et que la biosphère demeure vivable pour l’humanité, il conviendrait de ne pas aller au delà des capacités de la nature à se renouveler et de l’environnement à supporter les dégradations. C’est pourquoi il est impératif d’ériger une règle selon laquelle on ne peut prélever ou dégrader plus que ce que la nature peut renouveler et l’environnement supporter.

 

Cette règle d’or doit être élaborée en terme de stocks et flux physiques sans recourir à des valeurs monétaires.

Les stocks à intégrer sont ceux bien sûr des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables mais aussi les stocks des déchets, de substances nocives ou matières néfastes qui dégradent l’environnement ou conduisent à rendre certaines ressources inutilisables.

 

Considérer les ressources comme des  communs de l’humanité

Ce principe découle directement des deux piliers de l’économie fondamentale que sont l’unicité de la terre et l’unité de la population qui l’habite.

Dans le système économique dominant actuel, la décision de prélever ou non une ressource appartient souvent au propriétaire ou accapareur d’une partie des réserves de cette ressource selon un raisonnement de rentabilité essentiellement financière (rente d’Hotelling).

 

Tout système économique fondamental basé sur l’utilisation de ressources de la planète en vue de satisfaire les besoins de l’humanité, dans le respect des limites des ressources et de la préservation de l’environnement, ne peut fonctionner que si l’on considère qu’il n’y a qu’une seule Terre et qu’une seule humanité qui l’habite. Par voie de conséquence, les ressources naturelles de la planète ne peuvent être la propriété de personne en particulier mais nul ne peut être exclu ni d’y accéder ni d’en utiliser une partie. En économie un bien non exclusif (dont on ne peut empêcher l’accès à d’autres) et rival (dont l’utilisation exclut l’utilisation par d’autres) est un bien commun. Donc dans le modèle de l’économie fondamentale; la planète, ses ressources et l’environnement sont assimilés à un bien commun. Si l’ensemble des ressources naturelles constitue le bien commun de l’humanité, chaque ressource, nocivité, réserve de cet ensemble doit aussi être considérée comme un bien commun et être gérée en tant que telle à l’échelle appropriée (globale ou locale) par la population concernée. Ainsi par exemple pour la pêche, les réserves halieutiques globales, mais aussi par espèce ou par bassin doivent être gérées comme des communs.

Pour mettre en place une gestion globale des communs, il serait judicieux de procéder par étapes. En priorité il est impératif de considérer comme des communs l’ensemble des ressources non renouvelables tels les minerais ou les énergies fossiles mais aussi des ressources renouvelables jugées comme essentielles telles que l’eau, l’air, la forêt, les surfaces cultivables, l’énergie voire même l’environnement ou des écosystèmes particuliers. De la même manière les substances nocives comme le gaz carbonique, le méthane, les déchets qui dégradent l’environnement doivent être appréhendées comme des communs qui n’appartiennent à personne mais que chacun contribue à augmenter. Enfin au delà des biens matériels, certains « biens immatériels » doivent aussi être considérés comme des communs : le savoir, la monnaie ou pourquoi pas la santé voire le travail humain.

 

Les règles de gestion des communs doivent être celles dégagées de ses travaux d’observation par Elinor Ostrom dans son livre « La Gouvernance des Biens Communs ».

  1. Des limites nettement définies. Ces limites sont celles de la ressource ou nocivité considérée mais aussi celles de la communauté pouvant accéder à ces communs (impliquant une exclusion des entités externes ou malvenues).
  2. Des règles bien adaptées aux besoins et conditions locales et conformes aux objectifs globaux en particulier de respect de la règle verte.
  3. Un système permettant aux individus de participer régulièrement à la définition et à la modification des règles.
  4. Une gouvernance effective et redevable à la communauté vis-à-vis des appropriateurs.
  5. Un système gradué de sanctions pour des appropriations de ressources qui violent les règles définies par la communauté.
  6. Un système simple et efficace de résolution des conflits entre appropriateurs ou entre la communauté et les appropriateurs.
  7. Une autodétermination reconnue par les autorités extérieures si les règles ne vont pas à l’encontre des objectifs globaux de la règle verte.
  8. Une organisation à plusieurs niveaux qui prend toujours pour base les bassins de ressources communes.

Au delà de l’aspect proprement économique de gestion des ressources, ce principe d’assimilation des ressources à des biens communs peut remettre en cause la notion plus sociale de propriété et plus particulièrement de propriété individuelle. C’est pourquoi il est important de définir explicitement le point du processus économique au delà duquel peut s’exercer l’appropriation personnelle. Est-ce dès le prélèvement de la ressource , avant la distribution, la consommation ou l’usage du bien ? C’est ici un débat important qui peut être mené lors de la définition par la communauté des règles de gestion des biens communs.

 

Planifier l’activité économique

L »organisation de l’activité économique ne peut découler d’un processus aléatoire de recherche de profit individuel par un homo œconomicus égoïste et calculateur (rationnel en langage économique) en fonction de prix sans réel rapport avec la réalité physique des ressources naturelles. Elle doit résulter d’une planification intégrant les impératifs écologiques tout comme la nécessité d’une inclusion la plus démocratique possible.

L’élaboration de la planification doit répondre à certains principes : définir des priorités de long terme claires et peu nombreuses, qui sont déclinées en des objectifs de moyen terme cohérents entre eux avec une forme de démocratie sociopolitique la plus large possible.

Les priorités découlent tout d’abord de la formulation claire d’un diagnostic et de l’application d’une règle verte selon laquelle on ne peut prélever ou dégrader plus que ce que la nature ne peut renouveler ou l’environnement supporter (Exemples : lutte contre le réchauffement climatique, autonomie alimentaire, sobriété énergétique et décarbonation des systèmes de production…)

Les objectifs de moyen terme peuvent être définis par secteurs, filières, activité, en restant sur des secteurs d’activité fondamentaux (agriculture, énergie, habitat…) dans un premier temps pour s’appliquer à l’ensemble de l’activité économique par la suite.

L’élaboration conjointe de la stratégie de la planification doit associer l’ensemble des parties prenantes de l’activité économique dans un débat public explicite sur les perspectives de moyen et long terme et une transparence sur les outils statistiques et cognitifs utilisés. (d’après Michel Margairaz « Le commissariat général du plan : une méthode en contexte » N°89 L’Economie Politique mars 2021) La stratégie doit être établie dans les grandes lignes en définissant des modèles qui engagent toute la société : modèle alimentaire, modèle de transport, modèle énergétique, urbain, éducatif…..

 

La planification doit impérativement résulter d’un processus démocratique pour remporter une adhésion populaire. Elle ne doit pas être exclusivement édifiée par un appareil d’État. Elle doit intégrer tout au long du processus d’élaboration, les scientifiques les plus à même de connaître les limites des ressources de la nature ainsi que les « transformateurs » de ressources, dirigeants d’entreprises, cadres et ouvriers les plus à même de connaître les capacités des outils de production comme des systèmes de distribution.  Surtout la planification doit être approuvée et consentie, au moins sur ses grands axes et en termes d’objectifs, par la population soit directement soit au travers de ses représentants élus ou tirés au sort. D’un point de vue plus « technique », la programmation qui découle de la démarche de planification   est la recherche de la meilleure adaptation de la capacité d’un système de production à répondre de façon optimale à une charge donnée en fonction de contraintes et limites ainsi que d’objectifs à atteindre.

 

Socialiser la transformation des ressources naturelles que sont la production et la distribution de biens et services en prônant la coopération plutôt que la compétition

Comme on l’a vu précédemment l’acte économique fondamental c’est l’utilisation de ressources naturelles transformées par le travail pour satisfaire les besoins de femmes et d’hommes organisés en société.

Dans le système économique capitaliste dominant aujourd’hui, les opérations de transformation des ressources naturelles que sont la production et la distribution des moyens de satisfaire les besoins sont largement privatisées et renvoyées à l’initiative individuelle dans la recherche d’une maximisation de l’intérêt particulier. De plus depuis les années 1980 on assiste à une privatisation des services publics qui, quand ils n’ont pas été abandonnés à la sphère capitaliste, sont de plus en plus soumis à des diktats libéraux de rentabilité ou de moindre coût monétaire Tout au long du process de transformation des ressources règnent une concurrence féroce et une compétition permanente qui poussent les entreprises, leurs dirigeants et parfois les États à produire toujours plus sans se soucier de la soutenabilité pour la nature de cette course en avant.

 

Selon le principe majeur de l’unité de l’humanité, dans le système de l’économie fondamentale, la transformation des ressources naturelles doit être socialisée en favorisant la création et le développement de structures collectives et démocratiques comme les coopératives ou les services publics de production et de distribution des biens et services de consommation et autres. Cette socialisation doit s’appuyer aussi sur le secteur de l’économie sociale et solidaire.

L’idée de la socialisation de la transformation des ressources, c’est que les infrastructures de production et d’échanges vitales pour l’ensemble de la société ne doivent être confisquées ni par une classe d’actionnaires capitalistes à la recherche de leur intérêt personnel, ni par une bureaucratie étatique et non démocratique comme jadis en URSS, ni même par une corporation particulière de travailleurs. Elles doivent être gouvernées de manière démocratique et collective dans le respect des objectifs de la planification et sous le contrôle de l’échelon le plus approprié : fédérations d’industries, collectivités territoriales ou autres.

La production et la distribution doivent se faire dans la coopération et non dans la compétition. Cette coopération s’opère  à tous les niveaux: entre les individus au sein des structures de transformation ou simplement dans la société mais aussi entre les structures de transformation que sont les coopératives, entreprises privées, entreprises ou services publics de production ou distribution, établissements et institutions publics tels les universités, les collectivités territoriales et l’État voire entre les États. 

 

Découpler le travail humain de toute valeur monétaire et de l’accession individuelle aux moyens de subsistance

 

Si on se réfère à l’acte économique fondamental, le travail c’est ce qu’il est nécessaire de mettre en œuvre pour transformer les ressources naturelles en vue de la satisfaction des besoins. Le travail revêt plusieurs dimensions: physique, sociale, économique…Dans sa dimension physique, il est proche de l’énergie jusqu’à être confondu avec elle et partager la même unité de mesure : le Joule. On peut dire pour simplifier que le travail correspond à une utilisation d’énergie alors que l’énergie correspond à une capacité à fournir un travail. Le travail peut être l’œuvre de machines utilisant l’énergie cinétique, mécanique, thermique ou électrique obtenue à partir des vecteurs énergétiques que sont le soleil, le vent, le pétrole, l’uranium ou l’eau… Le travail peut aussi être accompli par des animaux ou des humains. Et c’est l’énergie contenue dans l’alimentation, l’eau et l’air qui, transformée par le métabolisme, va permettre à la femme ou l’homme d’accomplir un travail. On peut dire qu’au cours de son histoire l’humanité a cherché à transférer le labeur vers les animaux dans un premier temps puis vers des machines de plus en plus puissantes.

Le travail humain est appréhendé dans la théorie économique classique et capitaliste comme un facteur de production mais aussi comme générateur de revenu permettant au travailleur d’accéder aux biens et services nécessaires à la satisfaction de ses besoins. Cela implique que le travail a un coût au même titre que les autres facteurs de production que sont le capital fixe, les matières premières ou les investissements financiers. Une partie de ce coût revient au travailleur sous la forme d’une rémunération qui lui permet de pouvoir acquérir de quoi subvenir à ses besoins.

 

Or aujourd’hui le coût monétaire du travail et la rémunération générée n’ont aucun rapport avec la réalité physique des ressources utilisées pour fournir ce travail. Comment expliquer qu’un ouvrier utilisant 2000kJ d’énergie par jour de plus qu’un cadre supérieur de même âge et carrure est rémunéré deux fois moins ? Le prix de la main d’œuvre et donc le revenu qu’il induit n’a quasiment aucun fondement économique autre que la loi du marché à laquelle veulent le contraindre les tenants de la théorie capitaliste. Il est plus le résultat de conventions et d’une organisation sociales qui se détachent de plus en plus de la réalité concrète et physique de la planète. Pour la nature, le vrai coût physique du travail humain correspond au poids des ressources énergétiques (alimentation, eau, air ) que l’individu doit prélever sur la nature pour fournir ce travail.

Qui plus est, le travail humain ne se résume pas au seul travail rémunéré. La plus grosse partie de l’activité humaine est exécutée en dehors de toute structure productrice. Que ce soit à l’échelle d’une journée ou à l’échelle d’une vie. En 2010 en France on estimait que seules 38 milliards des 115 milliards d’heures de travail accomplies dans l’année étaient rémunérées, les deux tiers restant étant faits dans la sphère domestique ou bénévole. D’un point de vue proprement physique tout le monde travaille dès l’instant qu’il transforme des ressources en vue de la satisfaction de besoins. Ne serait ce que cueillir un fruit ou puiser de l’eau pour se nourrir.

Toutefois dans sa conception plus sociale, c’est à dire celle de lien qu’il établit entre l’individu et la société, le travail constitue la contribution que chacun apporte à la communauté humaine pour la transformation des ressources. Cette contribution doit être limitée dans le temps d’une journée, d’une année ou d’une vie. Si, à l’instar de la monnaie ou du savoir, on assimile le travail à un commun, nul ne peut être exclu du travail. En 2018 en France 43.5 milliards d’heures de travail rémunérées ont été comptabilisées alors que le potentiel de la population active pour 35 heures hebdomadaires était de 49 milliards. Si la durée hebdomadaire de travail avait été de 31 heures l’ensemble de la population active aurait été en emploi. Au delà de la mauvaise répartition du travail il faut aussi s’interroger sur la nécessité à produire plus que ce qu’il est nécessaire de produire et plus que ce que la nature peut supporter.

 

Dans sa dimension économique de ce que l’humanité doit mettre en œuvre pour transformer les ressources, le travail humain peut être défini comme une quantité d’heures à répartir le plus justement possible entre les différents individus de l’humanité. Ainsi on pourrait estimer la quantité annuelle de travail en heures nécessaire pour transformer les ressources au sein des structures formelles de production et distribution puis répartir cette quantité pour l’ensemble d’une population active que l’on aura définie démocratiquement en terme d’âge et d’aptitude physique.
On l’a vu la valeur monétaire du travail n’a aucun sens dans un système économique fondé sur les ressources. C’est pourquoi il faudrait découpler le travail de la monnaie et ne lui donner comme sens que celui de la contribution physique que chacun doit apporter pour une période de sa vie à la transformation des ressources. De la même manière le travail ne doit plus constituer ce que chacun doit fournir en contrepartie d’un revenu pour accéder aux ressources transformées en vue de la satisfaction de ses besoins.

Dans une logique d’unité de l’humanité, la répartition des ressources devrait se faire en considérant que c’est l’activité de l’ensemble de la population qui transforme la totalité des ressources prélevées pour la satisfaction de l’ensemble des besoins des humains.

 

Lier la valeur et la création de la monnaie aux quantités physiques des ressources.

Au delà de la monnaie, c’est à la finance qu’il faut s’intéresser.

 

Le système économique actuel est dominé par la finance. Et la finance se détache de plus en plus de la réalité physique de l’économie. Les crises financières qui toujours débouchent sur des crises économiques se succèdent et toujours elles ont des impacts considérables sur l’économie, la population et sur l’environnement. Le système financier après chaque crise se détache de plus en plus du monde réel jusqu’à constituer un véritable casino de Keynes dans lequel les paris ne portent non pas sur des cartes ou des numéros de roulette mais sur des valeurs espérées d’actifs, de monnaies ou de matières premières. Quitte à tricher pour forcer la main (invisible) du destin.

« Lorsque dans un pays, le développement du capital (l’investissement) devient le sous-produit de l’activité d’un casino, celui-ci risque de s’accomplir dans des conditions défectueuses « John Maynard Keynes  » Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie.1936 « 

Au cœur de ce système financier se trouve le système bancaire, souvent croupier et joueur d’un casino mondialisé. Or les banques ont souvent un double rôle : banque dite d’ investissements ou d’affaires et banque dite commerciale. Mais elles ont surtout un pouvoir : la création monétaire.

 

En effet dans le système économique capitaliste financiarisé, les banques ont le pouvoir de créer de la monnaie ex-nihilo (à partir de rien) au travers le système de crédit. La très grosse partie des prêts octroyés par les banques ne provient pas de l’épargne de leurs clients mais de simple lignes d’écriture comptable. Ainsi la création de la monnaie à partir de rien conduit à une hypertrophie de la quantité de la monnaie par rapport à la quantité physique des ressources prélevées.

La valeur de la monnaie jusqu’en 1971 était indexée directement ou indirectement sur une ressource naturelle physique en l’occurrence l’or (au travers une valeur étalon en Dollars avec le système de Bretton Woods). L’abandon de l’étalon-or par Nixon en 1971 a donc détaché la valeur de la monnaie de toute réalité physique.

Aujourd’hui on ne peut que constater l’absence de lien entre la valeur de la monnaie et toute ressource physique mais aussi entre la masse monétaire et la masse des ressources prélevées. Ainsi on estime qu’en 50 ans (de 1970 à 2020) la masse monétaire mondiale a progressé trois fois plus que la masse des prélèvements annuels de ressources.

La monnaie dans le système standard a trois fonctions : d’unité de mesure, d’intermédiation dans les échanges et de réserve. Dans un système d’économie physique fondamentale seules les deux premières fonctions sont importantes. La fonction de réserve est celle sur laquelle est bâti en grande partie le système financier. C’est pourquoi elle doit être ramenée à sa plus simple expression d’épargne préalable à l’accession à des biens importants comme le logement.

Pour la fonction d’unité de mesure, la valeur de la monnaie doit être reliée directement à la réalité physique des quantités de ressources prélevées. Pourquoi pas à partir d’un panier de ressources à l’instar du DTS (Droit de Tirage Spécial) du FMI? Ensuite il convient de donner à chaque unité de base (le kg par exemple) de chaque ressource une valeur qui reste invariable tout au long du processus de transformation jusqu’à la consommation finale. Ainsi la valeur d’un produit ou service correspond au poids de l’ensemble des quantités de ressources utilisées et nocivités émises pour la production et la distribution de ce produit ou service.

 

Pour la fonction d’intermédiaire d’échange, il convient de déterminer la masse monétaire nécessaire pour l’accession par l’ensemble de la population aux moyens de satisfaire ses besoins. La création monétaire ne doit couvrir que la différence entre cette masse monétaire nécessaire et la masse monétaire déjà disponible.

Tant pour déterminer la valeur de la monnaie que pour la création monétaire, il est impératif que l’ensemble des acteurs de l’économie soit partie prenante. La monnaie étant assimilée à un commun, sa valeur et sa création ne peuvent être laissées entre les mains d’experts de la finance, de la banque ou de la politique. C’est pourquoi il est important de créer une instance démocratique regroupant des experts, des élus mais aussi des citoyens tirés au sort.

Octroyer à chacun les moyens d’accéder aux ressources nécessaires à la satisfaction de ses besoins essentiels

Dans une logique d’unité de l’humanité, la répartition des ressources devrait se faire en considérant que c’est l’activité de l’ensemble de la population qui transforme la totalité des ressources prélevées pour la satisfaction de l’ensemble des besoins humains.

Développer et renouveler une forme de démocratie sociopolitique dans toutes les institutions et pour toutes les opérations du système économique.

Work in progress

 

 

 

Pascal Gallo-Peynaud

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