Peur Bleue après un bon coup de Blancs
Au lendemain d'un premier tour des législatives qui a vu le triomphe annoncé du parti du président de la République on ne peut que se poser des questions.
Tout d'abord ce premier tour a été marqué par le plus fort taux d'abstention pour ce type d'élection sous la 5ème république : autour de 39% dont un certain nombre d'observateurs s'accordent à dire qu'il a été plus élevé dans l'électorat de gauche que de droite. Peut être à cause du matraquage publicitaire qui a ancré dans l'esprit des électeurs que tout était plié mais aussi en partie à cause du manque de programme, autre que "élisez nous pour faire barrage" de la gauche.
Ensuite on peut aussi s'interroger sur la réelle représentativité démocratique de la future assemblée.
Faisons un peu de calcul.
La droite UMP NC avec environ 45% des voix exprimées au premier tour qui représentent, si l'on tient compte de l'abstention, 27% des inscrits raflerait entre 66 et 87% des sièges de l'assemblée.
La gauche PS et consorts avec 39% des voix exprimées et 24% des inscrits (soit 3% de moins que la droite) n'obtiendrait que de 10 à 32% des sièges selon les projections.
Ainsi les quelque 33 millions d'électeurs qui ne se sont pas prononcés pour l'UMP et Sarkozy se verront imposer une politique qu'ils n'auront pas voulue.
Avec un maximum de 32% des sièges à l'assemblée l'opposition risque de n'apparaitre que comme une mince caution démocratique à un pouvoir qui pourrait être tenté de tout se permettre même des textes liberticides ou des mesures clientélistes qui ne profiterait qu'à une minorité même infime.
Tenir et Résister
Sécu : Le trou de Fillon
Fin mai, la toute récente Ministre de la santé Roselyne Bachelot (ah bon ?) revoyait à la hausse le "trou de la Sécu", peut être pour essayer de nous vendre les mesures envisagées. Selon les dernières estimations, il y aurait un dépassement de 1.1milliards d'Euros des dépenses d'assurance maladie ce qui porterait le déficit pour ces seules dépenses à 5 milliards d'Euros. C'est exactement, sans que l'on puisse faire un lien direct entre les deux, la somme à laquelle s'élevait la dette de l'Etat à l'égard de la Sécurité sociale principalement due au titre de la compensation pour les allégements de charges sociales concédées aux entreprises.
Selon le premier ministre François Fillon il n'y aurait pas de quoi s'alarmer : "quand on regarde les fraudes à la Sécurité sociale" a-t-il déclaré", c'est à peu près le même montant que le déficit. Il suffirait qu'on fasse tous un peu d'efforts (...). Là, il y a un petit dérapage, les efforts se sont un peu relâchés. Il faut resserrer quelques vis." Donc tout va bien. Fillon a trouvé les coupables : les fraudeurs de la Sécu. Il est fort. Parce qu'en toute logique, s'il y a quelque chose que l'on ne peut évaluer avec précision c'est bien la fraude qui par essence n'a pas vocation à être déclarée ! Et on peut se demander aussi pourquoi il tient tant à instaurer des Franchises s'il suffit juste de resserrer quelques vis !
Juste un petit rappel : un déficit se forme dans un budget quand les dépenses sont supérieures aux recettes. Pour réduire ce déficit on doit, toutefois si l'on veut agir, soit augmenter les recettes, soit réduire les dépenses soit les deux.
Maintenant si l'on étudie d'un peu plus prés les mesures envisagées pour combler le déficit de la sécurité sociale, tout comme celui du budget de l'Etat d'ailleurs, on constate que pour cette droite libérale qui aspire à nous gouverner, la solution passe bien sûr par une réduction des dépenses. C'est ce qui devrait être mis en place avec les franchises sur les dépenses de santé qui devraient atteindre la modique somme de 40€ (encore le chiffre n'est il pas définitivement arrêté) par foyer ou assuré social qui ne seraient ainsi pas remboursé et qui devraient les payer de leur poche. A moins qu'ils n'aient eu la bonne idée de souscrire une assurance privée.
Outre le fait qu'une telle mesure s'avère d'ores et déjà insuffisante pour combler le déficit on remarquera encore une fois que seuls les assurés sociaux sont mis à contribution (en langage libéral on dit "responsabilisés"). Et aussi que l'instauration de ces franchises revient de fait à sortir du systéme de remboursement les quelque 20 à 30% de personnes dont les remboursements sont inférieurs à 40€ par an. De plus ces franchises qui sont forfaitaires toucheront de manière indifférente tous les assurés sociaux quelque soit leur revenu et ainsi affecteront proportionellement plus les faibles revenus que les hauts revenus.
Par ailleurs, exonérées partiellement ou totalement (rien n'est encore fixé si l'on en croit les déclarations contradictoires des ministres et du président) de charges sociales, les déjà fameuses (fumeuses ?) heures supplémentaires ne devraient en toute logique générer aucune nouvelle recette. Voire, étant donnée la facheuse habitude qu'ont les gouvernements de ne pas verser complétement la compensation, on risque à terme de se retrouver avec un déficit un peu plus important.
Une autre solution a été plusieurs fois évoquée par le candidat Sarkozy : celle de la TVA sociale.
En gros il s'agit de baisser les charges sociales patronales pour faire baisser le cout du travail et d'augmenter le taux de TVA dont une partie irait dans les caisses de la Sécurité sociale pour compenser le manque à gagner. On estime que pour que cette mesure soit efficace il faudrait augmenter le taux normal de 3% (comme l'ont fait les Allemands). Ce qui ferait passer le taux normal français de 19.6 à 22.6% soit l'un des taux les plus hauts d'Europe (l'Allemagne étant passé à 19%). Bien sûr le nouveau taux s'appliquerait logiquement sur des prix hors taxe diminués de la baisse des charges sociales patronales pour les produits fabriqués en France. Toutefois on peut supposer que nombre d'entreprises seront tentées, pour augmenter leur marge, de ne pas répercuter intégralement la baisse de charges sociales et pour les produits étrangers (Europe comprise) leur prix seront maintenus. Ce qui induira de fait une perte de pouvoir d'achat pour l'ensemble des consommateurs. Et encore une fois compte tenu de la part des revenus consacrée à la consommation qui diminue en même temps que les revenus augmentent la perte de pouvoir d'achat serait proportionnellement plus importante pour les bas que les hauts revenus.
Ainsi se dessinerait la société libérale voulue par Sarkozy et Fillon, avec d'un coté les nantis à qui on offrirait force cadeaux fiscaux et autres et qui gagneraient plus (sans forcement travailler plus), et de l'autre coté un part de la population de plus en plus nombreuse qui verrait sa protection sociale remise en cause et son pouvoir d'achat rogné.
A la veille d'élections législatives pour lesquelles on nous prédit un Tsunami UMP(Union des Minables Parlementaires ou Union des Ministres Pitoyables) il semble juste de rappeler cela aux votants. Surtout quand un sondage nous apprend que 61% des personnes interrogées sont contre l'instauration de franchises sur les frais médicaux.
Tenir et Résister
Sarkozy : le médiatico-médiatisé prince président des média
Samedi 26 mai, dans le journal de la mi-journée d'une grande chaîne de télévision publique, a été diffusé un reportage de la plus haute importance. Le sujet en était : le "jogging" du prince président Sarkozy au fort de Brégançon. Pas moins, pas plus.
Ce reportage dont l'utilité peut paraitre pour le moins abstraite n'est qu'une parfaite illustration de l'espéce de Sarkomania ambiante et générale qui semble régner dans quasiment l'ensemble des rédactions des médias français.
En témoignent les couvertures de la semaine de quelques uns des hebdomadaires français :
Le point : Enquête sur le système Sarkozy
L'express : La révolution Sarkozy
Paris Match : Une famille (les Sarkozy) d'aujourd'hui à l'Elysée
VSD : les Sarkozy leur nouvelle vie......
On pensait avoir tout vu et tout subi depuis 5 ans en matière de surmédiatisation; on se trompait. Ensemble faire plus est encore possible.
Allons nous avoir dans le futur comme dans le Brésil des années 70-80 l'émission quotidienne : "la journée du président"? Ou bien comme dans l'URSS et la Chine maoiste des reportages où l'on verra notre prince président écouter, avec le sourire bienveillant qu'il convient, des fillettes, foulard des jeunesses populaires au cou, chanter les louanges de leur grand et noble hote? Ou encore comme à l'époque du Roi Soleil, les foules applaudissant au passage de notre sportif de grand homme qui aura convié à son jogging quelques privilégiés courtisans?
Cette idolatrie virant parfois au fanatisme est elle réelle parmi les Français ou n'est elle qu'une opération (une de plus) du plan médiatique du produit "Sarkozy" monté et entretenu par des média dont on a souvent rappelé la proximité (quand ce n'est pas l'implication directe) avec le pouvoir.
Déjà on essaye de forger la légende médiatisée de ce prince président des média. Ainsi notre seigneur (saigneur?) et maître, tel Kim Jong Il intelligence suprème de la Corée du Nord, aurait, selon certains média, obtenu son bac avec la mention très bien. On peut se demander comment avec un 7/20 en Français, un 8/20 en mathématiques et un 9/20 en philosophie (notes rapportées dans "Libération" par l'un des professeurs qui ont fait passé l'examen au jeune Nicolas Sarkozy) il a pu obtenir sa mention. Peut être grace au sport ? Ou alors à la musique option pipeau dont il est un brillant interpréte ?
Peut être que bientôt il ne sera plus possible de critiquer le chef de l'Etat (ce qui est déjà répréhensible selon les articles 23 et 26 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse : L'offense au Président de la République par l'un des moyens énoncés dans l'article 23 est punie d'une amende de 300.000 F.)
...soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l'écrit, de la parole ou de l'image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par tout moyen de communication audiovisuelle... )
N'oublions pas qu'il est toujours trés dangereux pour la démocratie que le pouvoir et les média soient concentrés dans les même mains comme ce fut le cas dans l'Italie de Mussolini et Berlusconi.
Peut être qu'à l'instar des Etats Unis des années 80 qui avaient installé une radio emettant vers les pays de l'Est (Radio Freedom) l'opposition en France devra faire entendre sa voix sur les ondes de télévisions et radio ou sur la toile "émettant" depuis l'Etranger
Tenir et Résister