La constitution des déficits de Sarkozy
Sarkozy veut lancer une réforme de la Constitution qui imposera «à chaque gouvernement issu des urnes de s'engager pour cinq ans sur une trajectoire de déficit». C'est du grand n'importe quoi !
En attendant l'inscription dans la constitution des déficits interessons nous un peu à la constitution des déficits.
Prenons par exemple la courbe des déficits publics et de son corrolaire la dette publique depuis 30 ans. Que constate-t-on ?
Les deux seules périodes où le déficit public a dépassé les 5% du PIB c'est entre 1993 et 1995 et depuis 2009 !
Rappelons qu'entre 1993 et 1995 le ministre du budget était un certain Nicolas Sarkozy. On peut mesurer toute la grandeur de l'exploit d'avoir des déficits importants lors d'une période où les privatisations avaient été relancées.
Alors que le gouvernement Jospin entre 1997 et 2002 avait réussi à contenir le déficit du budget de l'Etat en dessous des 2% et surtout à rendre bénéficiaire les budgets de la sécurité sociale dès 2003 le déficit recommençait sa descente, il est vrai modérée jusqu'en 2008 pour atteindre aujourd'hui plus de 8% principalement à cause de la crise et des plans de sauvetage de la banque et de l'industrie automobile qui l'ont suivie.
Rappelons encore une fois que le désormais chasseur de déficits (sous la férule de la chancelière de l'Europe la trés souriante Anguella Mére Quelle) était aux affaires en tant que ministre de l'intérieur, des finances et Président de la République.
Donc s'il est un spécialiste des déficits publics en France et dans le monde c'est bien le chou chou de la grande bringue du 16ème.
Si la maîtrise des déficits ait déjà été gravée dans le marbre lorsque Sarkozy était en fonction, ses budgets auraient été systématiquement retoqués par le conseil constitutionnel.
Ce qui est génant dans cette affaire d'obligation de réduction de déficit inscrite dans la constitution, c'est d'une part le fait que cela risque de contenir l'action en matière budgétaire des futurs gouvernements qu'ils soient de droite mais surtout de gauche et d'autre part que la seule application d'un tel principe pour Sarkozy ne signifie ni plus ni moins qu'une réduction des dépenses.
Rappelons ici que tout déficit est le résultat de dépenses supérieures à des recettes.
Certains journalistes pour vulgariser la notion de déficit utilise souvent l'image d'un ménage qui dépenserait plus qu'il ne gagne d'argent. Cette comparaison est fausse. Car un ménage s'il peut agir jusqu'à un certain point sur ses dépenses ne peut pas ou peu agir directement sur ses revenus.
Un Etat peut lui parfaitement agir et sur ses dépenses (avec des restrictions budgétaires) et sur ses recettes (avec la fiscalité).
Sarkozy tout à son principe de non augmentation des impôts (ce qui reste à démontrer) se refuse d'utilisé la fiscalité pour réduire les déficits. Ce qui ne peut conduire qu'à la rigueur . Enfin à une certaine rigueur dont seront victimes les plus démunis. En refusant de mettre à contribution les plus riches et d'instiller une certaine justice sociale dans la fiscalité le prince président du pouvoir d'achat du président va encore approffondir la fameuse fracture sociale chère à son plumitif Henri Guaino.
Gageons que tous les doctes Raymonds la Science qui il n'y a pas un an occupaient les plateaux de télévision en nous disant que la France(Enfin Sarkozy et ses affidés) pouvait se permettre de faire du déficit et qu'il y avait comme pour le Cholesterol du bon et du mauvais déficit, ne vont pas manquer de revenir sur les mêmes plateaux de télévision avec les mêmes costards et le même applomb pour dire que la France (et cette fois c'est de tous les citoyens qu'il s'agit) ne peut plus vivre ainsi au dessus de ses moyens, comme disait cette ordure d'ancien ministre des finances Thierry Breton.
Tenir et Résister
Le silence des veaux
Dimanche dans le JDD, le conseiller aux affaires sociales de l'Elysée, Raymond Soubie estimait que l'Elysée avait gagné une partie de la bataille de l'opinion sur la question des retraites. Selon lui les chiffres relativement faibles des défilés de la veille 1er Mai, semblent indiquer qu'«une large partie des Français considère qu'une réforme est inéluctable».
Ben voyons! Ca fait plus d'un an qu'on nous bassine avec la réforme des retraites qui est "indispensable" pour péréniser notre systéme social et bla bla et bla bla.....
Celui ou celle qui aprés un tel bourrage de crane penserait qu'il n'y aura pas de réforme des retraites n'aurait pas lu un seul journal, écouté un seul bulletin d'info à la radio ou regardé un seul JT depuis au moins 18 mois.
Tout le monde en France et même au dela sait qu'il y aura une réforme du régime des retraites. Et on peut même en soupçonner certains de craindre que la réforme sera, selon la terminologie usitée par Luc Chatel récemment, "politiquement courageuse" ce qui en clair pourrait se traduire par "socialement douloureuse".
Donc on peut dire que la faible mobilisation du 1er mai n'est pas due à la prise de conscience par les masses laborieuses de l'inéluctabilité de l'abattage à coup de hache du systéme des rétraites par Sarkozy et sa bande mais doit beaucoup plus au fait de la division syndicale, des vacances scolaires ou que le jour du travail en cette année de grace 2010 tombait un Samedi. A cela vous rajoutez une météo plutot incertaine et vous avouerez qu'il n'y a guère de quoi inciter le prolo inquiet pour sa retraite à battre le pavé.
Fort de cette "victoire", l'Elysée a, dès Lundi, utilisé une technique qu'il adore particulièrement : le lacher de ballon. Rappelons que cette technique consiste par l'intermédiaire d'un média à faire courir une information officiellement officieuse pour voir quelle réaction elle provoque dans l'opinion. Si la réaction est négative on s'empresse de démentir l'information si la réaction est positive ou tout du moins nulle on confirme l'information.
Ainsi Lundi matin donc, le "Monde" annonçait que Sarkozy, fidéle à sa pratique de l'écoute des commissions, tables rondes ou concertation qu'il a mis en place à grand renfort de publicité, aurait déjà décidé de reculer l'age de la retraite à 61 ans en 2015, 62 ans en 2020 et 63 ans en 2030.
Le journal du soir qui parait le matin, précisait même que si politiquement le chef de l'UMP ne peut attaquer de front l'age légal de départ à la retraite, il s'ingenierait à "vider la barrière des 60 ans de sa substance. Soit en renforçant la réforme Fillon, en exigeant encore plus de trimestres de cotisation. Soit en instituant une décote dissuasive pour ceux qui choisiraient de partir en retraite avant les 61, 62 puis 63 ans."
C'est un peu "travailler plus longtemps pour éviter de gagner moins"
Il va s'en dire que le ministre du travail Eric Woerth le cost killer est d'après le journal "réticent à cette hypothése". Attention il est réticent et non opposé. Vous saisissez tout de suite la nuance. En clair si Sarko demain enfin à la fin de la concertation lui demande de mettre en place ces mesures, Woerth les mettra en oeuvre avec réticence peut être .
Pas besoin d'avoir fait l'ENA (et peut être même il vaut mieux ne pas l'avoir fait) pour comprendre qu'à terme si aucune mobilisation massive des syndicats mais surtout du peuple ne se fait et bien l'age de la retraite sera toujours officiellement à 60 ans mais celui ou celle qui voudra partir à cet age là n'aura droit qu'à une aumone pour seule pension.
Décidément Lundi a été une journée riche en lacher de ballon (peut-être l'approche de la coupe du monde) puisque les Echos nous infomait que "le ministère de l'Economie étudie la possibilité d'étendre le forfait social, cette contribution de 4% à la charge des employeurs, à certains revenus encore exonérés de cotisations", comme "les chèques vacances, les titres restaurant, les avantages accordés par les comités d'entreprise, les chèques emploi-service préfinancés ou les indemnités de rupture (pour les licenciements et les départs en retraite)". En clair Bercy envisagerait de taxer ces différents avantages sociaux. En 2008 l'ensemble de ces avantages a représenté la somme de 8.8 milliards d'€ ce qui donnerait 352 millions d'€ de recettes si la mesure avait été appliquée.
On se souviendra que la cour des comptes alors dirigée par Séguin, avait en 2007 estimé le manque à gagner généré par l'exemption de cotisations sociales sur les stocks options à 3 milliards d'euros. Certes depuis des dispositions ont été prises pour taxer les stock options mais on est encore loin du compte. Ainsi la taxation à 12.5% (10% pour les entreprises 2.5% pour le bénéficiaire) n'aurait rapporter que 1 milliard d'€uros. Il en est de même pour les parachutes dorés.
Ainsi Lagarde leste avec les comptes publics, s'en prend encore une fois aux moins riches. Si elle veut vraiment combler les déficits la solution qui s'impose est la suppression de toutes les niches fiscales et sociales et surtout l'abandon pur et simple du bouclier fiscal qui alors qu'il était sensé stoppé une prétendue hémorragie fiscale due à l'évasion vers des paradis artificiels de certains fortuné n'a aucunement empéché le nombre d'évadés fiscaux de progresser entre 2007 et 2008.
On voit bien comment fonctionne ce gouvernement. A l'image de son chef il fait des effets de manche pour épater la galerie alors qu'en coulisse il rend de petits ou grands services à ses amis. Quand une réforme importante doit être menée il prend les décisions puis convoque une commission sensée réfléchir sur la réforme à conduire et avant que la commission ait remis son rapport il lache quelques ballons pour sonder l'opinion espérant que seul y répondra le silence des veaux que sont pour lui les citoyens de ce pays.
Tenir et Résister
Que l'heure de la retraite sonne...
"Leur vie : ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne..."
chantait Jean Ferrat.
Helas le poête n'a pas toujours raison. Parce qu'aujourd'hui que l'on soit flic, fonctionnaire ou tout simplement salarié du privé on ne peut plus attendre sans s'en faire.
Et même plus il faut s'inquiéter de l'heure de la retraite mais aussi de l'existence de cette future retraite voire de sa propre existence quand l'heure de la retraite aura sonné.
Les sujets d'inquiétude sont nombreux en ces temps de début de concertation sur les retraites.
Déjà rien le fait de parler de concertation et non de négociation peut donner une idée de ce que prévoient Sarkozy et son gouvernement :une discussion sur des pistes définies par avance écartant toute proposition qui ne serait pas prévue.
La désignation d'Eric Woerth comme ministre du travail en charge du dossier des retraites n'est pas forcément une bonne nouvelle. En effet lors de son passage au budget le trésorier de l'UMP n'a eu de cesse que de chercher à tailler à la tronconneuse dans les dépenses pour limiter les déficits.
Cet Enarque n'a qu'une préoccupation : réduire les dépenses sans jamais s'atteler à augmenter les recettes voire pire réduire les recettes aussi.
Un autre point d'inquiétude est la sortie du rapport du COR (Conseil d'Orientation des Retraites) au moment même où commence la concertation.
Ce rapport semble franchement taillé sur mesure pour affoler les foules et mettre la pression sur les syndicats afin de les amener à accepter des mesures qui seront courageuses selon la communication gouvernementale mais surtout douloureuses pour les futurs retraités.
Le rapport du COR qui devrait servir apparement de base de concertation pour l'avenir des retraites est lui-même sujet à caution.
Déjà sur les hypothéses choisies pour établir ce rapport. Par exemple il prévoit un taux de chômage allant de 4.5% ce qui ne s'est pas vu depuis 1970 à 7%.
Ensuite sur les propositions qu'il avance 2 préconisent des réductions de dépenses (baisse des pensions et décalage de l'âge effectif du départ à la retraite) contre une qui s'attaque aux recettes (hausse du taux de prélévement)
Déjà est écarté par le COR la solution de l'élargissement de l'assiette des prélévements (par exemple en incluant les revenus du capital ou autres stock options)
On sait d'emblée que Sarkozy a écarté une hausse des prélévements. Au nom de son sacro saint dogme, imbécile s'il en est, de ne pas augmenter les impôts.
Eh oui encore une fois il en va des retraites comme pour tout le reste de l'action économique de ce gouvernement. Quand il s'agit de combler un déficit qui rappelons le résulte de dépenses supérieures à des recettes : on diminue tout, les recettes dans un premier temps (comme avec le bouclier fiscal ou la suppression de la taxe professionnelle) mais surtout les dépenses (avec le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux).
Or tout le monde le sait pour combler un déficit on peut certes diminuer les dépenses mais on peut aussi augmenter les recettes. Ou jouer sur les deux.
Depuis le rapport de la cour des comptes de 2008, on sait aussi que l'augmentation des recettes est possible et ce sans toucher forcément au taux de prélévement. Pour cela il suffit juste d'élargir l'assiette des prélévements à certains revenus du capital et autres avantages salariaux : tel que les stock options, les bonus, les golden parachutes et pourquoi pas les dividendes perçus.
On pourrait aussi remettre en cause non seulement le bouclier fiscal mais aussi l'ensemble de la fameuse loi TEPA qui instaurait rappelons le un allégement des charges sociales sur les heures supplémentaires.
Pourquoi ne pas supprimer purement et simplement tous les allégements ou exemptions de charges sociales consenties aux entreprises qui ne sont pas toujours compensés comme cela devrait être le cas par l'Etat.
On voit bien qu'en limitant le débat en écartant d'office toute solution visant à l'augmentation des recettes, le gouvernement veut conduire les partenaires sociaux vers les seules solutions de diminution des dépenses.
Vous pouvez toujours rétorquer que le ministre et son maitre et menteur se sont engagés à ne pas toucher au niveau des retraites. Ce qui est faux. Effectivement ils ne toucheront pas au niveau des retraites pleines mais ils vont rendre plus difficile les conditions d'obtention de cette retraite pleine.
Le recul de l'age du droit à la retraite de 60 à 62 ans conduirait à sortir du systéme de retraite tous les salariés agés de 60 à 62 ans qui auront cotisé le nombre de trimestres nécessaires pour prétendre à la retraite pleine. Et ce sera autant de retraites qu'il ne faudra pas payées. Ainsi par personne l'économie moyenne par an serait de 12 fois le montant moyen de la pension (1108€ en 2007) soit 13296€. Si l'on considére que la moitié des gens qui partent en retraite sont dans ce cas celà permet de faire baisser les dépenses de retraites de 325.000 (650.000/2) par 13296€ soit 4.3 milliards d'Euros.
L'augmentation du nombre de trimestres nécessaires pour percevoir une pension de retraite à taux plein de 4 trimestres (un an ) force d'emblée les futurs retraités à opérer un choix douloureux : ou ils partent avec une retraite minorée de 2.5 points par trimestre manquant ou ils travaillent (s'ils ont encore un emploi ce qui n'est la cas que de 38% des personnes concernées) un an de plus. Et ainsi les caisses de retraites soit versent une pension moins importante pendant environ 18 ans (compte tenu de l'espérance de vie) soit elles ne versent pas de pension pendant un an.
Au final on ne peut que constater que tout a été mis en place pour forcer les participants à la concertation à ne discuter que des modalités d'application de mesures qui ont déjà été décidées par Sarkozy.
La buse de l'Elysée et ses affidés conduisent une véritable campagne de dramatisation du débat avec le rapport du COR,l' encadrement de la concertation et le formatage de l'opinion par voie de média pour ancrer l'idée que seules les solutions de réductions des dépenses sont possibles.
Mais n'est ce pas ainsi que l'agité de la Rolex agit toujours." Débatez débatez mais surtout n'oubliez pas à la fin d'entériner mes décisions" semble-t-il dire à tous les Grenelle, commissions, comités ou tables rondes qu'il installe à grand renfort de publicité.
On a peine à imaginer comment il pourrait en être autrement pour un sujet aussi important que les retraites.
Tenir et Résister