Économie Dissidente : l'Acte économique fondamental
Face à la domination de l'Économie de Marché, libérale, capitaliste et financiarisée, une Économie Dissidente est possible
L'Acte Économique Fondamental
Selon les nombreux rapports, depuis le rapport Meadows de 1972 jusqu’aux derniers rapports du GIEC, l’Humanité fonce à toute allure dans un mur et les dirigeants politiques comme économiques commencent seulement à prendre conscience de ce mur et des limites de la Terre sur laquelle l’humanité vit. Cette course folle vers un destin funeste est due pour une grande partie au modèle économique dominant qui s’est imposé à l’ensemble des pays et peuples du monde. Ce modèle est en grande partie bâti sur la recherche d’une croissance infinie dans un monde fini et n’intègre pas ou peu les limites et les contraintes physiques dans lesquelles s’exerce l’activité économique.
Et si on changeait de paradigme pour essayer de trouver un modèle économique qui intègre pleinement la finitude de la Terre et ses limites.
D’un point de vue étymologique l’économie c’est la gestion de la maison par le foyer qui l’habite. Au fil de l’histoire avec la mondialisation, la notion de maison s’est étendue à la planète Terre et l’humanité est devenue le foyer de cette maison globale dont elle utilise les ressources pour satisfaire ses besoins.
Le défi que doit relever aujourd’hui l’humanité est celui de ressources limitées se raréfiant confrontées à des besoins infinis sans cesse grandissant. Les ressources sont limitées physiquement à la terre et elles se raréfient à cause des prélèvements effectués par l’homme pour satisfaire ses besoins mais aussi à cause des dégradations des écosystèmes et destructions de ressources engendrées par l’activité humaine. Quant aux besoins, ils sont infinis tant que durera l’humanité et ils grandissent d’une part avec l’accroissement de la population et d’autre part avec l’apparition voire la création de nouveaux besoins.
Le paradigme du modèle dominant libéral place au centre du système économique l’allocation des ressources et richesses (supposées illimitées) sur un marché enchanté et irréel, où règne une loi de l’offre et de la demande. Cette allocation se fait selon un processus concurrentiel de recherche d’intérêt particulier par un homo œconomicus, rationnel (égoïste et calculateur en langage courant) en fonction de prix sans réel rapport avec les limites physiques des ressources et richesses.
« L'économie est la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société.
Elle s'intéresse d'une part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d'autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations. » Edmond Malinvaud
Là où les tenants du libéralisme s’intéressent presque uniquement « aux opérations, aux institutions et aux activités » sans tenir compte ou peu des limites dans lesquelles s’exerce l’activité économique ; il conviendrait de se concentrer sur ce qui constitue le fondement même de toute activité économique à savoir « l’emploi de ressources rares pour satisfaire les besoins d’hommes vivant en société ». C’est parce qu’elle a des besoins que l’espèce humaine, à l’instar de tout espèce du vivant, puise dans son environnement de quoi pourvoir à ses besoins. Mais si tout besoin n’engendre pas forcément une activité économique (respirer de l’air par exemple), toute activité économique est générée par la satisfaction d’un besoin.
Tout modèle économique bâti sur le paradigme d’un emploi optimum de ressources rares pour la satisfaction de besoins doit intégrer pleinement non seulement les limites réelles et physiques de ces ressources rares mais aussi celles des « nocivités » (Pollution, Gaz à Effet de Serre, Substances néfastes pour l’environnement et les écosystèmes, déchets) engendrées par l’activité humaine.
Il convient aussi d'abandonner pour étudier cette question cruciale l’approche positive (qui s’intéresse à ce qui est ou supposé être) mise en avant par la théorie libérale pour privilégier une approche normative (qui s’intéresse à ce qui devrait être).
Des mots de Malinvaud on peut définir un acte fondamental sur lequel repose tout système économique.
L'acte économique fondamental est l’emploi de ressources rares en vue de satisfaire les besoins de femmes et d'hommes organisés en société.
A de rares exceptions près comme l’air ou l’eau, les ressources ne peuvent être employées par les femmes et les hommes sans transformations nécessaires pour la satisfaction des besoins. Essayez de consulter vos messages sur le tas de minerais divers utilisés pour produire un téléphone portable. Pour transformer les ressources rares l’humanité a recours au travail. Dans un premier temps le travail était uniquement le travail humain. Mais au cours de son histoire l’humanité n’a eu de cesse de trouver d’autres forces de travail depuis les animaux jusqu’à l’atome. Ainsi la notion de travail inclut aujourd’hui non seulement le travail humain mais aussi le travail au sens scientifique équivalent à l’utilisation d’énergie.
L’activité humaine nécessaire pour les transformations des ressources génère des « nocivités ». Ces « nocivités », (terme plus approprié que celui, exclusif, « d’externalités négatives » utilisé en économie standard) constituent tout ce qui vient dégrader l’environnement et les écosystèmes conduisant à détruire des ressources voire à rendre la terre invivablel: gaz à effet de serre, substances néfastes et polluantes ou déchets.
Ainsi, l’acte économique fondamental se définit comme l’utilisation de ressources naturelles rares transformées par le travail humain, en recourant à de l’énergie et en générant des nocivités, en vue de la satisfaction des besoins de femmes et d’hommes organisés en société.
Partant de cette définition, on peut formuler l’acte économique fondamental ainsi :
Satisfaction de besoins (SB) = Ressources matérielles (RM) + Travail humain (L) + Energie (E) + Nocivités (N)
SB = RM + L + E + N
Pour pouvoir quantifier les différentes composantes de cette formule, il est nécessaire de chercher pour chacune d’entre elles l’unité de mesure la plus appropriée qui est aussi la plus immédiatement disponible.
Le Produit Intérieur Brut mesure non seulement le flux de production mais est aussi le reflet de la demande globale. On peut dire qu’il correspond aux besoins qui ont généré cette demande. Ainsi pour la satisfaction des besoins on peut utiliser l’unité de mesure du PIB, la monnaie. Il est évident que la monnaie n’est utilisée ici que parce qu’à l’heure actuelle aucune mesure en poids n’est immédiatement disponible. Et à terme la valeur monétaire devra être l’image exacte des dimensions physiques des ressources naturelles, de l’énergie et des nocivités utilisées ou émises pour la production des moyens de satisfaire les besoins
Pour les ressources matérielles on peut raisonner en poids en prenant comme unité de mesure le kilogramme ou la tonne utilisée par exemple dans le Bilan des flux matières d’Eurostat. (Voir schéma).
Le travail humain lui peut être évalué en heures de travail (h mn s). Avec une restriction toutefois due au mode de comptabilité des heures de travail qui ne tient compte que du travail socialisé et qui exclut le travail domestique non rémunéré, bien que contribuant pour une part très importante à la transformation des ressources.
Comme unité de mesure de l’énergie, à la tonne (ou kilogramme) équivalent pétrole (Tep ou Kep) grandement usitée en économie pour mesurer les stocks et potentiels des énergies primaires et déjà intégrées dans les ressources matérielles, on préférera le kilowattheure (kWh) voire le joule (J) utilisé pour mesurer l’énergie finale.
Pour les nocivités, l’évaluation peut être faite soit en poids avec la tonne ou le kilogramme soit en termes d’impact si on veut appuyer sur un phénomène plus global tel le réchauffement climatique en recourant à la tonne ou kilogramme équivalent CO2.
Bilan des flux de matières en France (année 2018, en Mt)
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Le poids du PIB
Avec le paradigme de l’acte économique fondamental, une nouvelle approche de l’activité économique est possible. Cette approche permet de mieux appréhender la réalité physique de l’économie en se concentrant sur ce qui concrètement permet de satisfaire les besoins donc en abandonnant toute référence à la monnaie hormis dans la mesure des besoins.
Prenons par exemple les données de l’année 2018 pour la France.
D’après l’INSEE le PIB était de 2353.1 Mds d’€
Le Compte des flux de matières d’Eurostat (voir ci-dessus) laissait apparaître des apports directs de matières de 977.6 Mt ainsi qu’un total d’émissions de nocivités de 411.1 Mt.
Selon le Bilan énergétique de la France du Ministère de l’Écologie la consommation finale d’énergie était de 1625.9 Mds de kWh
L’OCDE évalue à 40.97 Mds le nombre d’heures de travail socialisé pour cette année 2018.
Ainsi on peut dire qu’en France pour l’année 2018, pour produire les 2353.1 Milliards d’Euros de moyens de satisfaire les besoins, on a utilisé (RM) 977.6 Milliards de kg de matières de la nature transformées en recourant à (L) 40.97 Milliards d’heures de travail rémunérées et (E) 1625.9 milliards de kilowattheure d’énergie tout en émettant (N) 411.1 milliards de kg de matières nocives pour les écosystèmes.
En utilisant la formule SB ou PIB = RM + L + E + N on a donc :
2353.1G€ = 977.6 G kg + 40.97 G h + 1625.9 G kWh + 411.1 G kg
Posée comme cela avec ses unités de mesure différentes cette opération semble une incohérente addition de choux et de carottes. Mais elle permet d’ancrer l’économie dans la réalité concrète, de mieux appréhender les dimensions physiques de l’activité économique. En tout cas mieux que ne saurait le faire le seul recours à la monnaie.
Elle permet aussi d’aborder le PIB sous une approche différente lui donnant un aspect plus palpable, un peu plus d’épaisseur. Surtout, partant de cette formule on peut analyser comment physiquement a été « fabriqué » le PIB. Pour cela on va recourir aux différentes « intensités » qui découlent de la formule.
Les intensités du PIB
Une intensité permet de mesurer quelle quantité d’une composante d’un ensemble a été utilisée pour obtenir une unité de l’ensemble. Elle est le résultat du rapport entre la composante et l’ensemble La plus connue est l’intensité énergétique qui permet de savoir quelle quantité d’énergie a été consommée pour produire une unité monétaire de PIB. Elle est égale au rapport de l’énergie totale consommée sur le PIB.
De la composition du PIB telle qu’abordée dans la formule on peut tirer quatre intensités :
L’intensité matérielle correspondant au poids de matière utilisé pour obtenir 1€ de PIB. im = RM/PIB
L’intensité laborieuse correspondant au temps de travail (socialisé) nécessaire pour produire 1€ de PIB
il =L/PIB
L’intensité énergétique correspondant à la quantité d’énergie consommée pour produire 1€ de PIB
ie =E/PIB
L’intensité nocive correspondant au poids de substances nocives émises pour obtenir 1€ de PIB
in = N/PIB
Si l’on calcule les différentes intensités pour l’année 2018 en France on obtient :
Intensité matérielle (im) : 0.4154 kg/€
Intensité laborieuse (il) : 1mn 03s/€
Intensité énergétique (ie) : 0.6909 kWh/ €
Intensité nocive (in) : 0.1747 kg/ €
Au vu de ces données on peut ainsi dire qu’en 2018, chaque euro de production pour satisfaire les besoins, a nécessité : 415 g de matières, 1mn 03s de travail socialisé, 691 Wh d’énergie et l’émission de 175 g de nocivités.
L’utilisation de ces différentes intensités revêt plusieurs intérêts :
Elle permet pour chacun de mieux appréhender la réalité physique des moyens mis en œuvre pour satisfaire ses besoins. Elle permet aussi de faire des comparaisons entre différents niveaux de revenu. Afin de déterminer par exemple en ces temps de tension énergétique et climatique et d’appel à plus de « sobriété » sur quelle catégorie de population doivent porter les efforts.
Ainsi si on prend l’année 2018
selon l’INSEE le niveau de vie moyen par personne pour les 10% les plus pauvres était de 8580€ alors que celui des plus riches était de 61080€.
Si on corrige ce niveau de vie de la propension à consommer (la part qui n’est pas épargnée) soit 97.8% pour les plus pauvres et 71.6% pour les plus riches on obtient une consommation annuelle de 8394€ pour les 10% les plus faibles et de 43752€ pour les 10% les mieux lotis.
Si l’on multiplie cette consommation annuelle par l’intensité énergétique (qui correspond à l’énergie dépensée par €uro consommé) et l’intensité nocive (qui correspond à la pollution générée par €uro consommé) on peut dire qu’une personne faisant partie des 10% les plus pauvres consomme 5800kWh et émet 1466kg eq CO2 alors qu’une personne faisant partie des 10% les plus riches a consommé 30228 kWh et émis 7643kg eq CO2
Les intensités peuvent être aussi utilisées pour la planification de l’activité économique. Elles permettent de mesurer les différents impacts sur les matières, le travail, l’énergie et la pollution qu’aurait une estimation ou prévision d’un niveau de PIB.
Elles rendent aussi possible les comparaisons entre différentes années pour un même pays ou entre plusieurs pays.
Tenir et résister
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Vers une proposition alternative de l'économie
Principes d'économie physique fondamentale
Cette année, le jour du dépassement était Le 29 juillet. Au fil du temps, la date de ce dépassement arrive chaque année plus tôt. Pour rappel le jour du dépassement correspond à la date de l'année à partir de laquelle l'humanité a consommé l'ensemble des ressources que la planète peut régénérer en un an.
En 50 ans de 1970 à 2020, les prélèvements de matières premières ont été multipliés par 3.41 et les émissions de CO2 par 2.56 alors que la population sur cette même période n'a été multipliée que par 2.12. Ces quelques chiffres permettent de constater que les prélèvements et les émissions nocives pour l'environnement augmentent plus vite que le simple accroissement démographique. Ainsi l'humanité exerce une pression de plus en plus intense sur la planète jusqu'à aller au delà des capacités physiques de la terre. Ceci est en grande partie la conséquence de l'inadaptation d'un système économique construit à partir d'une théorie essentiellement productiviste dans laquelle la monnaie et la finance jouent un rôle primordial sans prendre en compte la finitude et les limites des ressources terrestres.
Et si on essayait de bifurquer pour prendre une autre voie avec un modèle économique alternatif plus écologique qui intégrerait ces limites?
D’un point de vue étymologique l’économie c’est la gestion de la maison par le foyer qui l’habite. Au fil de l’histoire avec la mondialisation, la notion de maison s’est étendue à la planète Terre et l’humanité est devenue le foyer de cette maison globale dont elle utilise les ressources pour satisfaire ses besoins.
Le défi que doit relever aujourd’hui l’humanité est celui de ressources limitées se raréfiant confrontées à des besoins infinis sans cesse grandissant. Les ressources sont limitées physiquement à la terre et elles se raréfient à cause des prélèvements effectués par l’homme pour satisfaire ses besoins mais aussi à cause des dégradations de l’environnement et destructions de ressources engendrées par l’activité humaine. Quant aux besoins, ils sont infinis tant que durera l’humanité et ils grandissent d’une part avec l’accroissement de la population et d’autre part avec l’apparition voire la création de nouveaux besoins.
Vers une économie physique fondamentale
« L'économie selon Edmond Malinvaud est la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société.
Elle s'intéresse d'une part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d'autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations. »
La théorie économique dominante libérale place au centre de son modèle l’allocation des ressources sur des marchés enchantés et irréels, où règne une loi de l’offre et de la demande; selon un processus de recherche d’intérêt individuel par homo œconomicus, une espèce de super héros égoïste et calculateur (on dit rationnel en économie) en fonction des prix. Les prix intervenant dans le processus sont sans réel rapport avec la matérialité effective et physique des ressources.
Là où les tenants de cette théorie s’intéressent presque uniquement « aux opérations, aux institutions et aux activités » sans tenir compte ou peu des limites dans lesquelles s’exerce l’activité économique ; il conviendrait de se concentrer sur ce qui constitue le socle même de toute activité économique à savoir « l’emploi de ressources rares pour satisfaire les besoins d’hommes vivant en société ». C'est parce qu'elle a des besoins que l'espèce humaine, à l'instar de tout espèce du vivant, puise dans son environnement de quoi pourvoir à ses besoins. Tout modèle économique bâti sur ce socle doit intégrer pleinement les limites réelles et physiques des ressources rares. Il convient aussi d'abandonner pour étudier cette question cruciale l’approche positive (qui s’intéresse à ce qui est) mise en avant par la théorie libérale pour privilégier une approche normative (qui s’intéresse à ce qui devrait être)
Des mots de Malinvaud on peut définir un acte fondamental sur lequel repose tout système économique. L'acte économique fondamental est l’utilisation de ressources naturelles transformées par le travail en vue de satisfaire les besoins de femmes et d'hommes organisés en société. La notion de travail est ici à prendre dans son acception large utilisée en science physique équivalent à l’énergie plutôt que dans son acception sociale plus restreinte liée au seul travail humain, à l’emploi et au revenu procuré par le travail (sans en minorer l’importance) ou que bien sûr dans son acception capitaliste de facteur de production de richesse.
Principes d'économie physique fondamentale
Pour être efficient, tout système économique fondé sur l'utilisation de ressources naturelles pour la satisfaction des besoins humains doit être bâti sur deux idées maîtresses : d'une part l'unicité de la Terre et d'autre part l'unité de la population qui l'habite. Si l'unicité de la planète est un simple constat, l'unité de l'humanité tient à la fois du constat et de la quasi-injonction.
La Terre est unique à l'échelle spatio-temporelle de l'humanité. Dit autrement il n'y a qu'une seule planète et nous devons faire avec. Et les quelques folles et égoïstes tentatives d'appropriation d'autres corps célestes par des milliardaires étasuniens en mal de moyens stupides de dépenser une richesse accaparée au détriment du reste de la population, ne changent rien à ce constat. L'unicité de la planète impose d'en connaitre les limites et d'intégrer ces limites dans tout modèle économique fondamental. Ces limites sont celles des ressources naturelles y compris énergétiques bien sûr mais aussi celles des déchets, substances, phénomènes et processus naturels ou non qui dégradent l'environnement et détruisent les ressources.
L'unité de l'humanité doit être prise dans les deux sens du terme. L'humanité dans son rapport à la terre et à la nature est une et indivisible. L'action de chacun a des conséquences sur la vie de tous. C'est aussi pourquoi l'humanité doit avancer unie et agir ensemble. Et non plus être l'addition d'individualités agissant chacune pour son seul intérêt particulier tel l'homo œconomicus.
Ces deux idées majeures d'unicité planétaire et d'unité humaine doivent se décliner dans quelques principes qui peuvent constituer la charpente d'un système économique fondamental.
L'économie physique ou réelle fondamentale, qui traite des choses et qui place au centre du système économique l'acte économique fondamental, qu'est l'utilisation par des femmes et des hommes organisés en société, de ressources transformées par le travail en vue de la satisfaction de leurs besoins , repose sur deux préalables et huit principes, tels que définis par Olag Payuden Lacsap .
Préalables de l'économie physique fondamentale
- Raisonner en quantités physiques et non en valeurs monétaires
- Assimiler les nocivités (Gaz à effet de serre, substances néfastes pour l'environnement et les écosystèmes, déchets...) à des ressources en terme de stock et flux matière.
Principes de l'économie physique fondamentale
- Appliquer une règle verte pour la gestion des ressources et des nocivités
- Considérer les ressources et les nocivités comme des communs de l'humanité
- Planifier l'activité économique en intégrant les impératifs écologiques et démocratique
- Socialiser la transformation des ressources que sont la production et la distribution de biens et services en prônant la coopération plutôt que la compétition et la solidarité plutôt que la concurrence
- Délier le travail humain de toute valeur monétaire et de l'accession pour chacun aux moyens de satisfaire ses besoins essentiels
- Corréler la valeur de la monnaie aux dimensions physiques des ressources et nocivités et la création monétaire aux moyens pour chacun de satisfaire ses besoins essentiels.
- Attribuer à chacun les moyens de satisfaire ses besoins essentiels
- Instaurer la démocratie et la participation citoyenne à toutes les étapes du processus économique de transformation des ressources et dans toutes les institutions du système économique.
Attention il n'est pas question de remplacer les totems de l'économie classique (loi du marché, croissance du PIB monétarisé, rationalité efficace.....) par d'autre totems plus verts ou vertueux ou écologiques. L'activité économique n'est pas le tenant et l'aboutissant de toute vie humaine. Fondée sur les ressources naturelles elle doit de fait s'inscrire dans la nature et l'environnement. Et étant exercée par et pour des femmes et des hommes organisés en société, elle doit aussi s'inscrire dans la société.
Les principes ici énoncés ne sont que des propositions pour opérer la bifurcation écologique et économique indispensable si l'on veut que l'humanité subsiste. Elles sont parfois poussées jusqu'à l'extrême dans la logique du raisonnement et ne constituent en aucun cas des règles absolues. Même s'ils ne sont pas appliqués pleinement, ces principes sont à prendre comme des lignes tracées vers lesquelles il faut tendre si l'on veut sortir des diktats mortifères imposés par les tenants de la théorie économique dominante. Certaines de ces lignes sont à prendre en compte d'une manière plus urgente comme le raisonnement en quantités physique, la règle verte, la planification de l'activité économique ou la communisation des ressources. Si leur application peut intervenir dans différents délais, il reste important de définir un point de convergence à court ou moyen terme (5 ans maximum) pour donner une cohérence au système économique alternatif proposé. En effet, l'application de la règle verte et la mise en œuvre de la planification qui en découle n'ont pas de sens si elles ne sont pas menées simultanément en raisonnant en quantités physiques. De même l'abandon de la compétition, de la concurrence et de la recherche de profits individuels pour la nécessaire coopération ne peut se faire que par la conjugaison de la mise en commun des ressources et de la socialisation des moyens de production et de distribution.
Tenir et Résister